Chez les canards, seuls les mâles sont gavés. En effet, le foie des femelles, plus petit et innervé, est indésirable dans la production de foie gras. Les femelles sont donc broyées ou gazées.

En 2018, en France, près de 46 millions de canetons sont nés pour la production de foie gras. Les femelles, qui représentent 35 % des jeunes oiseaux¹, n’ont pas d’utilité pour la filière. Chaque année, environ 16 millions de canetons femelles sont ainsi tués dès le premier jour de leur vie. Quant aux mâles, ils auront le bec mutilé avant d’être expédiés vers un élevage.

Élimination des femelles au couvoir

Le sexage

Les canetons ou oisons naissent dans un couvoir : les œufs sont placés sur des chariots dans de grandes armoires à incubation. Une fois les œufs éclos, les oisillons sont sexés : on trie les mâles et les femelles.

Comme le foie des femelles est plus petit et qu’il comporte plus de nerfs, il serait moins présentable. Les femelles sont donc écartées de la production de foie gras.

Le foie gras doit ainsi obligatoirement provenir d’un mâle pour porter l’appellation IGP « canard à foie gras du Sud-Ouest »².

Il existe deux techniques pour déterminer le sexe d’un oiseau : soit par autosexage (certaines souches obtenues par sélection génétique permettent de différencier les mâles par une tache noire sur la tête), soit par retournement du cloaque (organe génital).

Enquête dans un couvoir des Pays de la Loire (2015)

Le broyage

Les canetons femelles sont généralement broyées : elles sont jetées vivantes dans une machine où deux rouleaux mécaniques viennent les écraser. Les mâles trop chétifs, malades ou en surnombre suivent le même chemin.

Il peut arriver que le broyage rate et que certains canetons soient encore vivants à la sortie de la machine : lors d’une enquête menée en 2015 dans un couvoir des Pays de la Loire (voir ci-dessus), certains canetons sortaient de la broyeuse disloqués mais encore vivants, voués à une mort lente et douloureuse.

Plus rarement, ils peuvent être gazés : on les place alors dans un dispositif où ils sont asphyxiés au dioxyde de carbone.

Mutilations systématiques

Quel que soit le type d’élevage auquel on les destine (qu’il soit intensif ou dit « artisanal »), les canetons mâles sont débecqués et dégriffés. Le débecquage consiste à sectionner une partie de la mandibule supérieure du bec. Cette opération est faite soit au couvoir par débecqueuse cautérisante (le bec est alors brûlé), soit entre 14 et 21 jours par l’éleveur avec des ciseaux (le bec est coupé). Le dégriffage consiste à enlever les griffes de l’oiseau à l’aide d’une machine, ce qui peut occasionner de graves blessures aux pattes.

Ces opérations visent à limiter les blessures entre les oiseaux. La cohabitation forcée de centaines ou milliers d’animaux dans la plupart des élevages favorise en effet des comportements agressifs. Au lieu de limiter le nombre d’animaux dans les exploitations, les professionnels les mutilent en leur enlevant les griffes et un bout du bec.

Ces mutilations peuvent provoquer des blessures, mais engendrent aussi du stress et de la douleur. Le bec est important pour l’alimentation, mais aussi pour la toilette, la défense…

Les canetons mâles sont ensuite transportés vers un élevage où ils seront « préparés » au choc du gavage. Tués à 90 jours, ils auront eu peu accès au plein air.
Sources

1. Batellier F., Govoroun M., Brillard J.P., 2004. « Sex-ratio chez les oiseaux sauvages et domestiques », INRA productions animales, 17 (5), p. 365-372 (consulté le 4 mai 2020).

2. Fiche produit du « Canard à foie gras du Sud-Ouest » IGP – Indication géographique protégée (consulté le 4 mai 2020).