Pendant la période de gavage, qui dure de 10 à 15 jours, les oiseaux sont forcés à ingérer de grandes quantités de nourriture déséquilibrée deux fois par jour. Leur organisme est soumis à rude épreuve.

En période de gavage, l’état de santé des canards se dégrade jour après jour : les oiseaux subissent les conséquences immédiates d’une suralimentation forcée et les effets de la stéatose hépatique qui affecte leur foie. Le taux de mortalité est décuplé tant les oiseaux sont amenés à leurs limites physiologiques.

Le rapport scientifique européen de 1998 ainsi que le rapport du Pr Broom de 2015¹ démontrent sans ambiguïté l’état catastrophique des oiseaux.

 

Un dérèglement du foie

Contrairement aux oiseaux migrateurs qui, pour se préparer à la migration, se nourrissent d’eux-mêmes davantage, à longueur de journée, pour stocker des graisses dans les tissus périphériques (sous la peau, principalement au niveau de la poitrine), les oiseaux gavés sont forcés à ingérer de très grandes quantités de nourriture en quelques secondes, et les graisses se stockent alors dans le foie.

Les canards mulards, utilisés pour la production de foie gras, sont d’ailleurs des hybrides stériles, incapables de voler, et n’ont jamais été migrateurs. Les zootechniciens ont fabriqué cette souche de canard à dessein : le canard mulard tombe rapidement malade et il suffit de 10 jours de gavage pour obtenir un foie gras…

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La stéatose hépatique

Suite au choc du gavage, le foie est surchargé de graisse, son fonctionnement est perturbé et l’animal a du mal à réguler la température de son corps. Les oiseaux sont pris de diarrhées et de halètements (hyperventilation). Leur foie hypertrophié atteindra presque 10 fois son volume normal, rendant la respiration difficile, et les déplacements pénibles. Les sacs pulmonaires sont compressés, le centre de gravité des animaux est déplacé.

Ce qu’on appelle foie gras est donc en réalité le résultat d’une maladie, la stéatose hépatique, qui traduit l’état pathologique d’un organe hypertrophié pouvant atteindre jusqu’à 10 fois la taille d’un foie sain.

Non seulement le foie est dans un état pathologique, mais l’animal mourrait du gavage si ce dernier était poursuivi quelques jours supplémentaires.

Certains meurent même en cas d’arrêt immédiat du gavage : « après un gavage prolongé (15 à 21 jours), la récupération n’est plus possible, le foie gras de l’animal conservé vivant évolue vers la cirrhose² ».

Une mortalité 7 à 20 fois plus élevée

Outre la longue liste des maladies, troubles et malaise général des animaux encagés et gavés, les statistiques de mortalité trahissent l’état de santé des animaux suralimentés : une mortalité 7 à 9 fois supérieure est observée par l’Institut technique de l’aviculture³ en période de gavage.

Le rapport de 1998 du Comité scientifique vétérinaire mandaté par la Commission européenne précise même que « Le taux de mortalité au gavage varie entre 2 % et 4 % en deux semaines comparé à un taux d’environ 0,2 % pour un élevage de canards non gavés ». Autrement dit, le taux de mortalité en période de gavage est en vérité multiplié par 10 ou même 20 !

Sources

1. Université de Cambridge, Broom D. et Rochlitz I., 2015. Le Bien-être des canards pendant la production de foie gras.

2. Caractéristiques anatomiques, physiologiques et biochimiques en relation avec la formation du foie gras chez les palmipèdes, J.C. Blum – INRA – in « Le point sur les facteurs de réussite du gavage » – 1993 – publié par l’ITAVI (Institut technique des filières avicole, cunicole et piscicole).

3. ITAVI Antenne région Sud-Ouest. Résultats de la campagne 2012 (exercice 2011-2012) — réseau de fermes de référence palmipèdes à foie gras, 28 p. (p. 26, p. 28).