Bovins

L’élevage des veaux laitiers

Chaque année en France, plus d’1 million de veaux naissent pour que les vaches dites « laitières » produisent du lait pour les humains.

La vie de ces jeunes veaux, dits « veaux laitiers », commence avec la séparation brutale d’avec leur mère, afin que tout le lait soit trait, et revienne aux humains.

La plupart des veaux femelles renouvelleront le cheptel tandis que les veaux mâles seront engraissés avant d’être abattus, le plus souvent dans des élevages industriels intégrés à de grands groupes laitiers.

Mais au fait…, savez-vous pourquoi leur chair est si blanche ?

Pourquoi tant de veaux ?

En 2018, 1,2 million de veaux nés de vaches laitières ont été élevés pour leur viande en France1. Parmi eux, 85 % sont des mâles2, et 85 % sont élevés dans des unités industrielles spécialisées3.

Si tant de veaux sont issus de la filière laitière, c’est parce que pour produire du lait en quantité, les vaches, qui sont des mammifères, doivent donner naissance à un veau chaque année.

De faible valeur marchande, considérés comme des « sous-produits » de la production de lait, ils sont alors engraissés pour leur chair dans des élevages de « veaux de boucherie ».

À l’échelle mondiale, la France est le 2e producteur et le 1er consommateur de viande de veau4. 40 % de la « production » française est réalisée en Bretagne5.

En 2019, nous avons enquêté dans des élevages du groupe laitier Laïta, fournissant notamment les marques Mamie Nova et Paysan Breton. Les images de cette enquête ont révélé le triste sort réservé aux veaux laitiers dans ces élevages spécialisés.

La séparation mère-petit

Dans presque tous les élevages laitiers, afin de conserver la totalité du lait pour la consommation humaine, le veau est séparé de sa mère à la naissance ou dans les 24 heures. Il arrive que ce soit un véritable déchirement pour la vache et son veau, dont la relation très forte pourrait durer de longues années. Après la séparation, certains se cherchent en meuglant pendant des jours. On a vu des vaches défoncer des clôtures et parcourir des kilomètres pour retrouver leur petit, parfois au péril de leur vie. Une étude récente a montré que les vaches qui ont la possibilité de rester en relation avec leurs veaux se montrent moins craintives et stressées6. En apprendre plus sur la vie des vaches laitières

L'élevage en claustration

Pendant leur grossesse, les vaches laitières continuent à être traites ; elles sont donc simultanément exploitées pour leur lait et leur veau. Le scientifique John Webster estime que cet effort épuisant fourni quotidiennement par leur organisme reviendrait, pour un être humain, à l’énergie dépensée par six heures de course chaque jour6.

Poussées à l’hyperproductivité, les vaches souffrent de maux douloureux : des mammites (inflammations des mamelles causées par des infections lors de la traite), des métrites (infections de l’utérus causées par de mauvaises conditions d’hygiène lors de l’accouchement) et des boiteries (lésions au niveau des pattes, fourbures) et autres plaies/gonflements au niveau des pattes (causées par un couchage non adapté) sont fréquemment observés dans les élevages laitiers7.

Les vaches ont souvent un accès limité à l’extérieur, et les élevages en bâtiments clos (« zéro pâturage ») se développent, favorisant les boiteries sévères8.

Veaux dans un enclos de groupe dans un élevage en 2019. Ils n'auront jamais accès à l'extérieur.
Veau isolé dans une case individuelle, sur un sol de caillebotis en bois. Ces boxes individuels sont autorisés jusqu'à l'âge de 8 semaines.

Longs transports

Parce qu’il est parfois plus rentable de les engraisser ailleurs que dans leur pays de naissance, 1,3 million de jeunes veaux ont été transportés en 2018 d’un pays à un autre de l’Union européenne12, effectuant des trajets éreintants de plusieurs jours. Par exemple, des veaux nés en Irlande sont engraissés aux Pays-Bas en transitant par la France.

Il n’existe aucune limite à la durée totale de ces longs trajets, qui peuvent durer autant de périodes de 19 heures que voulu, entrecoupées de périodes de déchargement de 12 ou 24 h13. Les jeunes animaux, épuisés, se retrouvent fréquemment assoiffés et affamés à leur arrivée dans l’élevage de destination.

En savoir plus sur le transport des animaux

Mourir jeune

Les veaux laitiers sont généralement envoyés à l’abattoir à l’âge de 5-6 mois en France, et jusqu’à 8 mois en Europe pour l’appellation « veau de boucherie »11, alors même que d’après les observations en refuges, les bovins peuvent vivre jusqu’à environ 20 ans.

À l’abattoir, ils sont souvent confrontés à des équipements inadaptés à leur petite taille, comme à l’abattoir de Mercantour. Ils sont alors mal immobilisés, et peuvent faire les frais d’un étourdissement moins efficace, se retrouvant parfois tués en pleine conscience.
En savoir plus sur l’abattage des animaux

Sources

1 FranceAgriMer, 2019. Les marchés des produits laitiers, carnés et avicoles – Bilan 2018, Perspectives 2019, 150 p. (p. 33-34). Disponible en ligne.

2 Ellies M.-P., Bordeaux Sciences Agro, 2014. Les filières animales françaises, caractéristiques, enjeux et perspectives, Chapitre 4 – Veaux. Tec et doc, éditions Lavoisier, coll. Synthèse agricole, 527 p. (p. 119-120).

3 « Le bien-être et la protection des veaux », Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, article du 5 juin 2019, [En ligne].

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