Poulets de chair
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Élevés en France ou importés : partout, la même souffrance pour les poulets

La consommation et l’importation de viande de poulet explosent en France. Mais qu’ils proviennent de France, d’Ukraine, du Brésil ou encore de Thaïlande, les poulets sont très majoritairement élevés dans des élevages intensifs où ils subissent les mêmes traitements cruels : enfermement, densités élevées, sélection génétique, manipulations brutales, mortalité élevée, abattage à quelques semaines. Et si la solution était ailleurs que dans l’importation ?

Hausse constante de la consommation et des importations

En France, la consommation de poulets a plus que doublé entre 2000 et 20221. En 2023, alors que la consommation totale de viande de boucherie (vaches, cochons…) a baissé de 3,7 %, celle de volaille a grimpé de 3,5 %, indiquant le report de consommation de viande d’une espèce à une autre. Celle des cuisses de poulets, réputées moins chères, a augmenté de 10,3 %2.

Dans le même temps, la production de poulets en France connaît une stabilisation autour de 1,7 Mtec (millions de tonnes équivalent carcasse), due aux aux épisodes successifs de grippe aviaire. Plutôt que de remettre en question l’élevage intensif, propice à l’apparition et au développement des maladies, les autorités organisent l’abattage préventif de millions d’oiseaux3,4. Pour satisfaire la demande croissante, la France importe donc de plus en plus.

Environ 50 % de la consommation française de poulets est importée – soit 1 poulet sur 2. En vingt ans, les importations françaises de viandes et préparations de volailles ont été multipliées par 55. En restauration hors domicile, les importations représentent environ 60 % des volumes. Un chiffre qui grimpe jusqu’à près de 80 % pour les approvisionnements en restauration6.

Provenance des importations

90 % des volumes sont importés depuis l’Union européenne. En 2022, les deux principaux fournisseurs de la France en viande de poulet sont la Pologne (28 %) et la Belgique (25 %)7. À l’échelle européenne, les importations de viande de poulet représentent presque 6 % de la consommation, et 25 % pour les filets. Cela signifie que 1 filet de poulet sur 4 consommés en Europe est importé. Plus de 30 % proviennent du Brésil, près de 20 % de Thaïlande et 16 % d’Ukraine8,9. Par exemple, avant d’adopter le European Chicken Commitment, Domino’s Pizza utilisait de la viande de poulet brésilien10. Les importations de viande de poulet en provenance de l’Ukraine sont en augmentation depuis la signature d’un accord de libre-échange avec l’Ukraine. Elles sont de 128 000 tonnes en 202011. Le Brésil est le plus important pays producteur de volailles du Mercosur (Marché commun d’Amérique du Sud), et les quotas accordés au Brésil pourraient être augmentés.

Partout, des conditions d’élevage intensif similaires

Partout dans le monde, l’élevage intensif domine et est synonyme de densités élevées et de sélection génétique. Par exemple, la France utilise essentiellement la souche Ross 30812, et l’Ukraine élève des poulets issus d’un croisement entre les souches Kopp 500 et Ross 30813.

En France, plus de 80 % des 700 millions de poulets élevés chaque année le sont de façon intensive. L’élevage des poulets de chair est encadré par une directive européenne de protection animale, qui ignore de nombreux points clés des recommandations scientifiques officielles.

Ainsi, la limite est de 33 kg de poids d’animaux par mètre carré de bâtiment (soit environ 17 poulets/m2). Mais des dérogations permettent d’atteindre jusqu’à 42 kg/m² (environ 22 poulets/m² !). En France, plus de 80 % des poulets sont détenus au maximum de densité autorisée par la réglementation européenne, avec 42 kg/m2. La réglementation n’exige pas l’accès à un environnement enrichi, et ne pose aucune limite au rythme de croissance des oiseaux, accéléré par sélection génétique. L’immense majorité des poulets élevés en France et en Europe endurent une vie de souffrance, des manipulations brutales et une mort douloureuse14.

L’Ukraine ne dispose pas de législation gouvernementale avec des normes sur le bien-être animal pour la production de poulets de chair, mais le ministère de l’Agriculture ukrainien souhaite adapter la législation nationale sur le bien-être animal aux normes de l’UE. En Ukraine, la densité est la même qu’en France, puisqu’une norme interne limite la densité à 38-39 kg de poids vif par m2. Ainsi, même si l’Ukraine a des « fermes géantes »15, cela ne signifie pas qu’il y a moins d’espace pour les animaux. Cela veut uniquement dire que la taille des élevages est supérieure16.

Le Brésil est le 1er exportateur mondial de volailles. L’industrie avicole est principalement concentrée dans le sud du Brésil où, en raison du climat subtropical, les poulets de chair peuvent être élevés dans des poulaillers ouverts. Les élevages ayant la plus haute densité sont ceux allant jusqu’à 38 kg par m2. Là encore, la densité est la même qu’en France17. Les principaux avantages compétitifs du Brésil sont des coûts d’intrants plus faibles, dont un coût d’aliment sensiblement inférieur à la France ; des charges fixes faibles en relation avec des installations souvent plus rudimentaires ; un plus faible coût de la main d’œuvre18.

En Thaïlande, principal fournisseur de viande de volaille de l’Union européenne avec le Brésil, la densité des élevages dédiés à l’exportation ne doit théoriquement pas dépasser 34 kg/m2. Mais dans la pratique, le secteur ne met en œuvre cette obligation que de manière volontaire, mais elles deviennent obligatoires en cas d’exportation19.

La consommation n’est pas une fatalité, l’importation non plus

Les conditions d’élevage intensives des poulets étant similaires à travers le monde, la hausse de la consommation de viande de poulets impacte dramatiquement un nombre toujours plus gigantesque d’oiseaux. En 2022, 75 milliards de poulets ont été abattus dans le monde ; 716 millions en France20 – auxquels il faut ajouter les millions d’oiseaux morts en élevages ou tués pour tenter de contenir la grippe aviaire.

À cela s’ajoutent les conséquences de ces élevages et de la consommation de viande sur la santé humaine : antibiorésistance, intoxications alimentaires, pollution de l’eau et de l’air ou encore déforestation sont inhérentes au mode d’élevage intensif de ces oiseaux.

Plutôt que d’importer toujours plus de viande, développer une alimentation végétale est la réponse la plus évidente aux problèmes engendrés par la consommation de viande.

Faire croire qu’il faudrait nécessairement soit produire soit importer toujours plus de viande tout en brandissant la menace de la souveraineté alimentaire est une logique mortifère prônée par l’industrie de la viande, mais démentie par les économistes.

En réalité, la production de produits animaux et la surconsommation de viande sont, au moins en partie, à l’origine de la perte de souveraineté alimentaire de la France : « Si l’objectif prioritaire est de réduire la dépendance aux importations, le seul levier efficace envisageable est de réduire la production et la consommation de produits animaux en France », soulignait Catherine Laroche-Dupraz, professeure d’économie et de gestion de la société de l’Institut agro Rennes-Angers, lors de son audition devant la Commission d’enquête visant à établir les raisons de la perte de souveraineté alimentaire de la France21.

Sources

1 RAC (Réseau action climat), 2024. Réduire de 50 % la consommation de viande est nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques de la France et permettrait d'améliorer la santé de la population, synthèse, p. 5.

2 Agreste, 2024. Baisse de la consommation de viande en France en 2023, synthèse conjoncturelle n° 424, p. 2 tableau 1 et p. 6.

3 COVARS (Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires), juin 2023. Avis sur le risque sanitaire de grippe aviaire lié à l’influenza aviaire hautement pathogène, 55 p. (p. 4 et 18)

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