Poules pondeuses

Intelligence et vie sociale des poules et des poulets

Les poules comptent parmi les animaux les plus étudiés. Pourtant leurs capacités émotionnelles et leur intelligence sont très peu connues du public. Découvrez ces oiseaux étonnants.

Les poulets ont certainement plus d'aptitudes que ce qu’en connaît le public. Je pense vraiment qu'ils sont injustement décriés. Nous avons cette protection psychologique qui consiste à dévaloriser les animaux que nous utilisons pour produire de la viande, ainsi nous ressentons moins d'inquiétude à leur sujet

Dr Siobhan Abeyesinghe, Royal Veterinary College (Londres)

Les poules sont douées d'empathie

Des études ont montré que lorsque leurs poussins sont en situation de détresse, les poules sont capables de ressentir l’état émotionnel de leurs petits, et s’inquiètent pour eux. Leur rythme cardiaque s’accélère et elles émettent des gloussements en direction des poussins. Dans ces études, leur réaction empathique était déterminée par deux choses : d’une part les signes de détresse manifestés par les poussins (Edgar et al., 2011) ; d’autre part, par la connaissance qu’ont les poules du danger encouru par les poussins, que ces derniers en aient conscience (et poussent de ce fait des cris de détresse) ou non (Edgar et al., 2013).

Les poussins savent compter...

Peu de temps après la naissance, les poussins savent compter jusqu’à cinq (Rugani et al., 2009). Lorsqu’on cache, sous leurs yeux, des objets avec lesquels ils aiment jouer (en l’occurrence des capsules plastique de « Kinder Surprise ») derrière des panneaux opaques, les poussins se dirigent derrière le panneau contenant le plus d’objets. L’expérience a été reproduite avec des objets de tailles différentes (pour vérifier qu’ils dénombraient bien chaque élément). Dans une troisième expérience, on a déplacé plusieurs fois les capsules d’un écran à l’autre pour simuler des additions et des soustractions. Trois-quarts des poussins ont réussi cet exercice de calcul mental et se sont dirigés vers le panneau derrière lequel se trouvaient le plus de capsules Kinder.

Ces expériences montrent également que les poussins ont conscience qu’un objet continue d’exister lorsqu’il n’est plus dans leur champ visuel, compétence que les éthologues appellent « la permanence des objets », et que les humains développent aux alentours de 12 mois. Les poussins perfectionnent cette compétence en explorant leur environnement, et, une fois qu’ils ont pris de l’assurance, en quittant le champ visuel de leur mère pendant des périodes de plus en plus longues.

... et observent pour apprendre

Les poussins apprennent beaucoup de leur mère par observation. Ils apprennent auprès d’elle ce qui est comestible, par exemple. De manière générale, les poules et poulets apprennent par observation et imitation. Il suffit que quelques poules acquièrent un comportement pour que celui-ci se répande dans tout le groupe ou tout l’élevage. Dans des conditions expérimentales, il a été constaté que les poules peuvent aussi apprendre en observant le comportement de congénères sur un écran de télévision (PMAF, n.d.).

Les poulets apprennent à se soigner

Les poulets tirent aussi des enseignements de leurs expérimentations personnelles. Exemple : lorsqu’on met à leur disposition des granulés ordinaires et des granulés (d’une autre couleur) contenant un anti-inflammatoire, les poulets se rendent compte des effets antalgiques du médicament et, lorsqu’ils sont blessés à la patte, consomment sélectivement les croquettes contenant l’anti-inflammatoire (Danbury et al., 2000).

Sauriez-vous le faire ?

Lorsqu’on apprend à des poules à sélectionner, entre deux photos, celle d’un congénère familier, elles sont capables de le faire, et ce, même quand il s’agit d’une photo ancienne (où le congénère est plus jeune)(Zayan 1992). Elles sont en outre capables de reconnaître un congénère en voyant seulement la photographie d’une partie de son corps (Domken & Zayan, 1998).

Une vie de privations en élevage

Les poules sauvages vivent typiquement en petits groupes (de 20-25 individus maximum), comprenant plusieurs femelles et un mâle, ou alors des mâles uniquement.

Dans les élevages commerciaux, les poules et les poulets sont regroupés par milliers ou dizaines de milliers dans un espace réduit. Dans cet état de promiscuité, les animaux éprouvent ennui et stress, et ne peuvent réaliser les comportements qui leur plaisent, comme se percher, picorer ou prendre des bains de poussière. Ce stress, cet ennui et cette frustration les poussent à agresser leurs congénères (Appleby et al., 2004). Le plus souvent, elles picorent le plumage des autres poules. Les cas de cannibalisme ne sont pas rares.

Petit tour chez les poules libérées

L’île hawaïenne de Kaua’i est habitée par des dizaines de milliers de poules domestiques retournées à la vie sauvage. Selon les habitants de l’île, elles ont proliféré quand, le 11 septembre 1992, l’ouragan Iniki a détruit plusieurs hangars d’élevage, laissant s’échapper des milliers de poules, poulets et coqs de combat. Elles se plaisent dans cette île tropicale pauvre en prédateurs ; on les croise aussi souvent que les pigeons dans les villes européennes.

Sources

Appleby, Michael C. 2004. Poultry Behaviour and Welfare. Wallingford, Oxfordshire, UK ; Cambridge, MA, USA: CABI Pub.

Association for the Study of Animal Behaviour, Stimulus Response, 2010. Accessible en ligne.

 

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