L'abattage des animaux

L’abattage sans étourdissement

En France et en Europe, il est obligatoire de rendre les animaux inconscients lors de la mise à mort. Il y a pourtant 2 cas où cet impératif ne s’applique pas : pour les abattages rituels casher et halal, qui peuvent bénéficier d’une dérogation ; mais aussi pour l’ensemble des poissons, qui ne sont tout simplement pas concernés par la plupart des réglementations existantes ! Qu’il s’agisse de saumons, de truites, de moutons ou de bovins, l’absence d’étourdissement signifie pour tous la même chose : une agonie longue et douloureuse.

L’abattage rituel des ruminants

Les abattages rituels casher et halal peuvent bénéficier d’une dérogation à l’obligation d’étourdissement avant la saignée1. En pratique, cela concerne surtout les moutons et les bovins, et dans une moindre mesure les caprins. Les oiseaux sont quant à eux abattus dans plus de 90 % des cas avec un étourdissement préalable, comme pour les abattages standards2.

Quelle que soit l’espèce, l’égorgement sans étourdissement préalable est jugé « inacceptable » par la Fédération des Vétérinaires Européens (FVE)3, et « à éviter » par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA)4, en raison des souffrances nettement supérieures qu’il engendre par rapport à un abattage standard. Depuis 2013, l’abattage sans étourdissement est également dénoncé en France par le Conseil national de l’ordre des vétérinaires dont le président a déclaré qu’ « Il est irréfutable que les animaux souffrent lors de ces mises à mort . Cela peut donner lieu à des scènes insoutenables avec par exemple des animaux dépecés alors qu’ils sont encore vivants »5.

Au-delà des souffrances inhérentes à l’absence d’étourdissement, les infractions routinières aux réglementations qui encadrent l’abattage rituel ajoutent encore au calvaire des animaux : en particulier en ce qui concerne les modes d’immobilisation et d’égorgement, et le contrôle de la perte de conscience avant l’accrochage.

Immobilisation des animaux

Les vaches, moutons et chèvres abattus rituellement doivent être immobilisés individuellement lors de la saignée, et ce jusqu’à leur perte de conscience effective. Leur tête doit en particulier être maintenue pour permettre un mouvement rapide et précis du couteau, et pour ne pas ralentir le processus de saignée6. Cela se fait généralement au moyen d’un tonneau rotatif (individuel pour les bovins, et à entrées multiples pour les moutons et les chèvres – voir vidéo).

En pratique, pour les bovins comme pour les chèvres et les moutons, il est fréquent que la contention soit mal ajustée ou inadaptée au gabarit des animaux. À l’abattoir d’Alès, le tonneau d’immobilisation des bovins n’était pas adapté aux jeunes veaux, de la même manière que celui des moutons n’était pas adapté aux agneaux qui se recroquevillaient dans le piège pour échapper au couteau.

Égorgement

Lors d’un abattage rituel, l’égorgement doit être effectué de manière franche, large, et sans cisaillement, de manière à sectionner en une seule fois les veines jugulaires et les deux artères carotides de l’animal7.

Dans plusieurs abattoirs où nous avons enquêté, l’égorgement des moutons comme celui des bovins était pourtant effectué par cisaillement, parfois avec des reprises (Alès, 2015, Puget Théniers, 2016 et Pézenas, 2016). Un rapport vétérinaire de 2010 indique d’ailleurs qu’en moyenne 5,2 coups de couteau sont pratiqués pour l’égorgement des bovins dans le rituel halal, contre 3,2 coups pour les bovins dans le rituel juif, et entre 1 à 6 coups pour les moutons (tous rituels confondus)8.

Ce cisaillement, indicateur d’un mauvais geste et/ou d’un couteau mal aiguisé, cause en effet des douleurs supplémentaires aux animaux.

Il peut également être à l’origine de faux-anévrismes qui prolongent la durée de l’agonie. Selon l’INRA, ces faux-anévrismes concernent entre 16 et 18 % des bovins adultes et 25 % des veaux abattus rituellement9. Pour les veaux, en présence de faux-anévrisme, l’agonie peut alors durer jusqu’à 11 minutes10.

Contrôle de l’inconscience

Une fois les animaux égorgés, les employés doivent attendre et vérifier leur perte de conscience avant de les relâcher du tonneau de contention et de les suspendre à la chaîne d’abattage. Au minimum, ils doivent vérifier l’absence de réflexe cornéen (clignement de la paupière observé au toucher de la cornée)11.

Dans les différents abattoirs où nous avons enquêté, nous avons constaté que ces contrôles sont quasiment inexistants, et que les animaux sont très rapidement sortis du piège et suspendus à la chaîne après l’égorgement (voir notamment Alès, 2015, Puget Théniers et Pézenas, 2016). Résultat : nombre d’animaux sont suspendus encore conscients, et beaucoup se débattent sur la chaîne. On constate notamment des tentatives de redressement de la tête, un signe fort de la conscience.

Entre absence d’étourdissement et infractions courantes aux règles en vigueur, l’abattage des vaches, veaux, moutons, agneaux et chèvres qui déroge à la loi pour des raisons religieuses est des plus révoltants. Mais si c’est généralement à ces animaux que l’on pense lorsqu’on évoque l’abattage « sans étourdissement », on oublie que les poissons peuvent eux aussi subir de longues et douloureuses agonies, faute de réglementation encadrant leur mise à mort.

Les poissons, grands oubliés de la réglementation

Les poissons subissent un degré de cruauté encore décuplé par rapport aux animaux terrestres. Pour eux, l’obligation d’étourdissement avant la mise à mort ne s’applique tout simplement pas ! La réglementation est d’ailleurs particulièrement paradoxale à ce sujet : elle demande à ce que « Toute douleur, détresse ou souffrance évitable épargnée aux animaux lors de la mise à mort et des opérations annexes »12 (c’est le seul article du règlement sur la mise à mort des animaux qui s’applique aux poissons13), mais elle n’exige aucune mesure spécifique visant à limiter leurs souffrances. En pratique, différentes techniques (avec ou sans étourdissement) sont utilisées pour mettre à mort les poissons d’élevage, certaines plus cruelles que d’autres. L’abattage par décharge électrique ou par la technique du « choc sur la tête » entraînent une mort relativement rapide, alors que le gazage au dioxyde de carbone, la coupe des branchies sans étourdissement préalable ou encore l’asphyxie à l’air ou sur la glace entraînent une mort particulièrement lente et douloureuse14. L’EFSA a émis en 2009 sept recommandations d’une cinquantaine de pages chacune sur les méthodes d’abattage des poissons, espèce par espèce, dans le but de limiter leurs souffrances. Il en existe pour les saumons15, les thons16, les truites17, les carpes18, les turbots19, les anguilles20, les dorades et les loups de mer21. Pour chaque espèce, l’EFSA préconise des méthodes d’étourdissement qui ne nécessitent pas la sortie de l’eau des animaux, ainsi que des systèmes de transfert (d’un bassin à un autre) et de transport (par camion) qui limitent les blessures. Aucune de ces recommandations n’a pourtant été intégrée au règlement européen sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort, pour des raisons d’impact économique en particulier22. À l’heure actuelle, il n’existe donc aucun cadre réglementaire à l’abattage des poissons d’élevage. Quant aux poissons pêchés en milieu naturel qui sont simplement sortis de l’eau, leur agonie est nécessairement lente et douloureuse. Hors de l’eau, ils peuvent en effet rester conscients pendant plusieurs heures avant d’être éviscérés. La souffrance s’accroît encore pour les poissons pêchés en eaux profondes, à cause du phénomène de décompression lors de la longue remontée en surface qui provoque l’explosion des organes internes. En savoir plus sur l’agonie des poissons pêchés Bien que la douleur des poissons soit inaudible à nos oreilles, ils sont des êtres sensibles au même titre que les animaux terrestres. Récemment, une collaboration de chercheurs européens a prouvé qu’ils expriment des réactions physiologiques différentes face à de bonnes ou de mauvaises expériences23. Un rapport de l’INRA publié en 2017 sur la conscience animale explique que les poissons ressentent des émotions, et peuvent éprouver consciemment de la douleur :

« De nombreux animaux, y compris les poissons, sont capables des mêmes processus d’évaluation que ceux qui déclenchent des émotions conscientes chez les humains. »24

En définitive, si l’on inclut les poissons trop souvent oubliés de nos considérations, on découvre que la mise à mort sans étourdissement préalable concerne en réalité la majorité des animaux exploités pour notre consommation alimentaire, alors même que « l’étourdissement » est présenté comme étant la norme. Qu’il s’agisse de saumons, de truites, de moutons ou de bovins, l’absence d’étourdissement signifie pour tous la même chose : une agonie plus longue et plus douloureuse.

Sources

1 Règlement (CE) 1099/2009 du conseil du 24 septembre 2009 sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort. Article 4.4.
http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex:32009R1099

2 Saphir News, article du 9 avril 2010. « Les dessous du halal : abattage rituel, électronarcose, assommage, qu'en est-il ? ».
https://www.saphirnews.com/Les-dessous-du-halal-abattage-rituel-electronarcose-assommage-qu-en-est-il_a11352.html

3 FVE (Fédération des vétérinaires d’Europe), 2019. Avis sur l’abattage d’animaux sans étourdissement préalable.
https://www.fve.org/publications/slaughter_without_stunning/

 

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