L'abattage par décharge électrique

La totalité des moutons, agneaux, chèvres et lapins, ainsi qu’une large majorité des oiseaux et des cochons sont « étourdis » par impulsion d’une décharge électrique dans le cerveau : l’électronarcose. Les oiseaux (poulets, poules, dindes, etc.) ont la tête plongée dans un bain d’eau électrifié après suspension par les pattes en pleine conscience, alors que des pinces électriques sont appliquées sur la tête des mammifères après immobilisation. Dans les deux cas, la décharge reçue par les animaux peut s’avérer insuffisante et douloureuse, et les reprises de conscience ne sont pas rares.

Le bain d’eau électrifié

L’électronarcose par bain d’eau concerne près de 800 millions1 d’oiseaux chaque année : poulets de chair, canards, dindes, poules pondeuses de réforme, oies et cailles. Ces oiseaux sont suspendus par les pattes à un rail, en pleine conscience, afin d’immerger leur tête dans un bain d’eau électrifié censé provoquer leur étourdissement.

Le règlement européen de 2009 qui encadre les pratiques d’abattage a choisi de ne pas tenir compte des recommandations scientifiques de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui demande depuis 2004 l’abandon de cette méthode2 :

« Les recommandations afférentes à l’abandon progressif  des bains d’eau pour l’étourdissement des volailles ne sont pas retenues dans le présent règlement, l’analyse d’impact ayant révélé que ces recommandations n'étaient pas économiquement viables, à l’heure actuelle, dans l’Union européenne.3 »

Selon les avis scientifiques, le plus gros problème de cette technique d’étourdissement est la suspension des animaux conscients par les pattes. L’EFSA affirme qu’elle est à l’origine de vives réactions de peur, ainsi que de tensions et compressions douloureuses dans les membres, jusqu’à causer des luxations des pattes ou des ailes à 50 % des oiseaux, et des fractures à 1 à 8 % d’entre eux. Le battement d’ailes des oiseaux dans cette position favorise également le contact avec l’eau électrifiée avant que la tête ne soit immergée, ce qui cause là encore de vives douleurs, en particulier chez les dindes4.

Aussi, cette méthode ne permet pas de garantir l’étourdissement de tous les oiseaux, même lorsqu’elle est correctement utilisée : « Lorsque l’étourdissement par bain électrifié est utilisé, il n’est pas possible d’assurer que tous les oiseaux sont étourdis5. » Par exemple, un réflexe cornéen (signe de la conscience) a été trouvé chez 8 à 24 % des oies à la sortie d’un bain électrifié6.

À cela peuvent s’ajouter de mauvais réglages des équipements, qui augmentent encore le nombre d’oiseaux mal étourdis. En 2013, un audit d’inspection de l’Office alimentaire et vétérinaire européen (OAV) a révélé de sévères défaillances des équipements d’électronarcose dans les abattoirs de volailles français :

« Dans tous les abattoirs visités, des paramètres d’étourdissement incorrects étaient appliqués et l’équipe chargée de l’audit a donc relevé de nombreuses volailles qui avaient été étourdies, mais présentaient toujours des signes de conscience (réflexe cornéen, respiration rythmée, importants battements d’ailes et même soulèvement de tête)7. »

L’OAV a en particulier dénoncé l’utilisation d’un courant électrique trop faible dans les abattoirs halal qui pratiquent l’électronarcose. Selon l’institut, l’étourdissement d’une intensité insuffisante ne fait alors qu’entraîner une douleur supplémentaire et un abattage en pleine conscience8.

Les pinces électriques

Pour les mammifères (cochons, moutons, agneaux, chèvres, chevreaux et lapins), l’électronarcose se fait au moyen de pinces électriques appliquées généralement sur les tempes, de manière à enserrer le cerveau. La décharge électrique reçue par les animaux est censée occasionner une crise d’épilepsie, durant laquelle ils sont inconscients.

Les uns à la suite des autres, les gros mammifères sont poussés dans une machine appelée restrainer ou convoyeur, qui les immobilise afin de positionner les électrodes. Les lapins sont pour leur part attrapés manuellement, puis plaqués contre la pince électrique.

En fonction de la qualité du matériel et des paramétrages effectués, la décharge électrique peut s’avérer insuffisante, et occasionne dans ce cas de vives douleurs : « si suite à une mauvaise application due à un mauvais paramétrage ou un mauvais contact entre les électrodes et l’animal, l’inconscience n’est pas induite, l’animal perçoit des douleurs, car le courant stimule les récepteurs nociceptifs9. »

Selon l’INRA, le taux d’échec de l’étourdissement par pinces électriques dû à des problèmes de positionnement des électrodes ou au mauvais paramétrage de l’équipement est compris entre 9 % pour les moutons et 13 à 14 % pour les cochons10. Dans ce cas, les animaux sont égorgés en pleine conscience et la tentative d’étourdissement ne fait qu’occasionner des douleurs supplémentaires.

Un audit de l’Office Vétérinaire européen (OAV) réalisé en 2015 dans des abattoirs français, a relevé que les niveaux de courants électriques minimaux n’étaient pas toujours respectés pour les moutons, sans que cela figure dans les rapports d’inspection vétérinaires11, ce que plusieurs de nos enquêtes ont également révélé. À l’abattoir du Vigan, les pinces utilisées pour les moutons présentaient des défaillances connues sans qu’aucune mesure n’ait été prise. À celui de Mauléon-Licharre, les électrodes étaient fréquemment appliquées sur le cou, le ventre ou l’arrière-train des animaux plutôt que sur leur tête, des positionnements douloureux et inefficaces pour provoquer une perte de conscience.

=> L’étourdissement par décharge électrique ne ressemble en rien à la mort douce à laquelle le terme « étourdissement » voudrait faire penser. Il signifie pour les animaux stress, manipulations brutales, vue sur leurs congénères abattus avant eux, douleurs extrêmes dans les pattes et les ailes dans le cas des oiseaux, sans compter les nombreux échecs conduisant à une mort lente et dans de grandes souffrances.

Lire aussi :

→ Revenir à « L'abattage des animaux »

→ Revenir à « L'abattage avec "étourdissement" »

→ Voir toutes nos enquêtes dans les abattoirs français

Références

1 Environ 85 %* de 935 000 000** de volailles abattues en 2014.
*Assemblée nationale, 2016. Rapport de la commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français. Tome 1, p. 81.
http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-enq/r4038-ti.pdf
**FranceAgriMer, 2015. Données et bilans 2014 – les produits carnés, avicoles et laitiers, 200 p. (p. 52).
http://www.franceagrimer.fr/content/download/39669/367775/file/STA-VIA-LAIT-Donn%C3%A9es%20statistiques%202014.pdf

2 EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), 2004. Avis relatif au bien-être animal dans les principaux systèmes d’étourdissement et de mise à mort des grandes espèces commerciales d’animaux, p. 16.
https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.2903/j.efsa.2004.45

3 Règlement (CE) 1099/2009 du conseil du 24 septembre 2009 sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort. Considération (6).
http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex:32009R1099

4 EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), 2004. Rapport scientifique relatif au bien-être animal dans les principaux systèmes d’étourdissement et de mise à mort des grandes espèces commerciales d’animaux. p. 125-126.
https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.2903/j.efsa.2004.45

5 EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), 2012. Scientific Opinion on the Electrical Requirements for Waterbath Stunning Equipments Applicable for Poultry, 80 p. (p. 4). « When waterbath stunning is used, it is not possible to ensure that all birds are stunned. » Traduction réalisée par nos soins.
https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.2903/j.efsa.2012.2757

6 EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), 2006. Le bien-être animal dans les principaux systèmes d’étourdissement et de mise à mort des cervidés, caprins, lapins, autruches, canards, oies et cailles élevés à des fins commerciales, 71 p. (p. 52).
https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.2903/j.efsa.2006.326

7 OAV (Office alimentaire et vétérinaire européen), 2013. Rapport d’un audit effectué en France du 11 au 20 juin 2013 en vue d’évaluer les systèmes de contrôle en place régissant la production et la mise sur le marché des viandes de volaille et de leurs produits dérivés, 23 p. (p. 11).
http://ec.europa.eu/food/audits-analysis/act_getPDF.cfm?PDF_ID=10792

8 OAV (Office alimentaire et vétérinaire européen), 2013. Rapport d’un audit effectué en France du 11 au 20 juin 2013 en vue d’évaluer les systèmes de contrôle en place régissant la production et la mise sur le marché des viandes de volaille et de leurs produits dérivés, 23 p. (p. 12).
http://ec.europa.eu/food/audits-analysis/act_getPDF.cfm?PDF_ID=10792

9 INRA (Institut national de la recherche agronomique), 2009. Douleurs animales : les identifier, les comprendre, les limiter chez les animaux d’élevage. Rapport d’expertise réalisé par l’INRA à la demande du ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, 339 p. (p. 223).
https://www6.paris.inra.fr/depe/Media/Fichier/Expertises/Douleurs-animales/Rapport-complet-Douleurs-animales

10 INRA, 2009 (voir note 9), p. 223.

11 OAV (Office alimentaire et vétérinaire européen), 2015. Rapport d’un audit effectué en France du 8 au 17 avril 2015 en vue d’évaluer les contrôles relatifs au bien-être des animaux durant l’abattage et les opérations annexes, 31 p. (p. 14-15, constatation 64).
http://ec.europa.eu/food/fvo/act_getPDF.cfm?PDF_ID=12249

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