Produire toujours plus de viande, d’œufs, de lait… toujours plus vite, et quel qu’en soit le prix pour les animaux, voilà l’objet de cette « science » : la zootechnie. Les gains de productivité obtenus en quelques décennies seulement sont difficilement concevables ; les animaux, eux, sont devenus difformes, et sont souvent épuisés ou malades.

« Zootechnie »

La zootechnie est la science qui a pour but de rendre les animaux plus productifs pour les critères qui intéressent les humains. Comprenez : des animaux d’élevage dont les muscles grossissent plus rapidement, des femelles qui donnent naissance à plus de petits par portée, des proportions de muscle et de gras adaptées sur mesure aux goûts des consommateurs…

À l’aide d’expériences de toutes sortes, bien souvent douloureuses pour les animaux (impliquant par exemple la pose de hublots, l’induction de stress, un enfermement à l’extrême…), les zootechniciens agissent depuis le XIXe siècle sur la génétique des animaux, leur alimentation et leur reproduction.

Ils ont transformé, et continuent de transformer, chaque jour, les corps des animaux d’élevage, très souvent au détriment de leur santé.

Lire notre dossier sur les vaches à hublot

Poulets difformes

Les poulets standard atteignent aujourd’hui 1,8 kg de poids en 35 jours32 : une croissance 4 fois plus rapide que dans les années 195033.

Conséquences : une poitrine surdéveloppée, des difficultés à se déplacer, des défaillances cardiaques et respiratoires. 75 à 90 % des poulets issus de souches à croissance rapide souffriraient de troubles de la locomotion34.

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Reproductrices épuisées

Les poules pondeuses pondent aujourd’hui plus de 330 œufs par an35 contre tout au plus une vingtaine lorsqu’elles vivaient à l’état sauvage36. Épuisées, elles sont envoyées à l’abattoir à l’âge de 17 mois, dès que leur productivité baisse.

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Les truies donnent aujourd’hui naissance à 29 petits par an contre 16 en 197037. Pour qu’elles puissent tous les nourrir, leurs mamelles sont également de plus en plus nombreuses38. Ces truies hyperprolifiques souffrent fréquemment de boiteries et de troubles de la reproduction39. Épuisées, elles sont envoyées à l’abattoir à l’âge de 3 ans, dès que leur productivité baisse.

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Les vaches laitières, quant à elles, produisent aujourd’hui plus de 6 700 litres de lait par an40 (2 fois plus qu’en 1970 et presque 4 fois plus qu’en 194541), soit l’équivalent de presque 4 fois les besoins en lait d’un veau42. Malades de cette suractivité reproductrice et du poids de leur pis, elles souffrent de mammites (inflammations des mamelles), de métrites (infections de l’utérus), ou encore de boiteries43. Comme les autres femelles d’élevage, elles sont envoyées à l’abattoir dès que leur productivité baisse.

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Cochons affamés​

Grâce aux « progrès » de la zootechnie, les cochons grossissent chaque jour de 200 g de plus qu’en 197044. Ils mettent aujourd’hui 165 jours pour atteindre le poids de 100 kg45, alors qu’il en fallait encore 180 en 199046. Pour obtenir ce résultat, ils sont nourris avec une alimentation de précision, mais sont nombreux à souffrir de pathologies digestives (qui sont à l’origine de 65 % des traitements antibiotiques en élevages porcins47).

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Autre modification majeure obtenue par la zootechnie, la production de cochons « maigres ». Comme les consommateurs aiment désormais la viande de porc la moins grasse possible, on les pousse à fabriquer non seulement beaucoup de muscles, mais également très peu de gras, ce qui va totalement à l’encontre du fonctionnement biologique des cochons, qui sont des animaux gras. En élevage, contraints de manger des quantités 5 à 20 % inférieures à ce qu’ils mangeraient s’ils s’alimentaient librement, ils souffrent de la faim.

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Sources

32. ITAVI, 2017. Performances techniques et coûts de production en volailles de chair, résultats 2016, 50 p. (p. 11).

33. Commission européenne, 2016. Rapport de la Commission européenne au Parlement européen et au Conseil sur l'incidence de la sélection génétique sur le bien-être des poulets destinés à la production de viande, 15 p. (p. 6).

34. Bizeray D., Faure J.-M. et al., 2004. « Faire marcher le poulet : pourquoi et comment », INRA INRA Productions animales, 17 (1), p. 45-57.

35. En 2015, les poules pondeuses françaises ont pondu en moyenne 336 œufs par place (les poules sont remplacées au bout de 17 mois).
ITAVI, 2016. Performances techniques et coûts de production en volailles de chair, poulettes et poules pondeuses, résultats 2015, 64 p. (p. 55).