L214
éthique & animaux
Cochons

95 % des cochons en système intensif

En France, 95 % des cochons sont élevés selon le modèle le plus intensif : une vie sans paille ni accès à l’extérieur, des truies encagées, des porcelets mutilés…
Un mode d’élevage destructeur pour les animaux, mais aussi pour la santé et l’environnement, que les citoyens ne sont plus prêts à accepter.

1re viande consommée par les Français

La viande de porc est la 1re viande consommée par les Français, avec 33 kg par habitant et par an1.

Pour satisfaire cette demande, environ 24 millions de cochons sont tués dans les abattoirs chaque année2.

95 % de ces cochons sont élevés en bâtiments fermés, sur un sol bétonné et ajouré pour laisser passer leurs déjections : le caillebotis3. Ils n’ont jamais accès à l’extérieur et ne disposent d’aucune litière (telle que de la paille) pour se coucher. Leur environnement se limite à du béton, des barreaux métalliques et du plastique.

En moyenne, les élevages de cochons français comptent 235 truies reproductrices pour une production d’environ 5 500 cochons par an4, soit une moyenne d’environ 3 000 cochons par élevage (les truies reproductrices ainsi que 2 750 porcelets et cochons à l’engraissement).

Privations de liberté et troubles comportementaux

Dans les systèmes intensifs, les cochons à l’engraissement sont gardés dans des enclos présentant des densités extrêmement fortes. La réglementation définit les surfaces minimales suivantes attribuées à chaque cochon5 :

Poids de l’animal vivantSurface par cochon
Jusqu’à 10 kg0,15 m2
Entre 10 et 20 kg0,20 m2
Entre 20 et 30 kg0,3 m2
Entre 30 et 50 kg0,4 m2
Entre 50 et 85 kg0,55 m2
Entre 85 et 110 kg0,65 m2
Plus de 110 kg1 m2

À de telles densités, les cochons peuvent difficilement se mouvoir et se coucher tous en même temps sans se gêner. Ils sont également fortement contraints dans l’expression de leurs comportements sociaux (voir Intelligence et vie sociale des cochons).

Cochons en enclos d'engraissement

Alors que les observations en refuge montrent qu’ils pourraient vivre entre 15 et 20 ans, les cochons à l’engraissement sont envoyés à l’abattoir à l’âge de 6 mois6, encore « adolescents ». Durant cette courte période de vie, en moyenne, 20 % d’entre eux meurent en élevage de causes diverses7.

Les truies reproductrices sont, quant à elles, maintenues environ la moitié de leur vie dans des cages individuelles étroites qui ne leur permettent pas de se retourner : cages de gestation (durant 4 semaines après la saillie puis 1 semaine avant la mise bas) et cages de maternité (durant la période de mise bas et d’allaitement des porcelets qui dure 3 à 4 semaines). Le reste du temps, la réglementation demande à ce qu’elles soient gardées en enclos de groupes8.

Dans cette situation, elles ne peuvent exprimer aucun de leurs comportements maternels et souffrent de l’enfermement (voir Intelligence et vie sociale des cochons).

Faute de stimulation et de suffisamment d’espace, les cochons (truies reproductrices et cochons à l’engraissement) développent dans cet environnement des troubles du comportement : comportements agressifs (combats), caudophagie (morsures des queues des congénères), morsures des oreilles des congénères, ou encore stéréotypies (mouvements répétitifs pathologiques).

Pour limiter les conséquences de ces agressions dues à des conditions d’élevage inadaptées, les porcelets mâles et femelles font l’objet de deux types de mutilations dès leur plus jeune âge, pratiquées à vif :

  • la coupe des queues pour éviter la caudophagie (cette mutilation génère des douleurs chroniques similaires à celles décrites chez l’homme après une amputation)9 ;
  • l’épointage (ou « meulage ») des dents pour éviter les blessures aux mamelles des truies (cette mutilation peut générer des douleurs tardives associées à des réactions inflammatoires et des abcès)10.

Ces opérations sont généralement pratiquées de manière systématique11, alors que la réglementation en vigueur prévoit qu’elles ne devraient être qu’exceptionnelles12. La Commission européenne a récemment épinglé la filière porcine française pour la coupe systématique des queues des cochons, qui constitue une infraction criante à la loi en vigueur13.

Par ailleurs, la majorité des porcelets mâles font encore l’objet d’une castration à vif en France, dans le seul but de satisfaire aux cahiers des charges des industriels (l’éventuelle présence d’une odeur « de verrat » dans la viande contraignant le processus de transformation)14. Une mutilation causant là encore de vives douleurs15.

Une productivité sans limite

Dans la filière porcine, les gains de productivité obtenus par la zootechnie (sélection génétique, alimentation, techniques d’élevage…) semblent sans limite. Ils continuent année après année à progresser dans les élevages de cochons, au détriment de la santé des animaux.

Alors que les truies reproductrices « produisaient » 16 porcelets par an en 1970, elles en donnent aujourd’hui 2916. Pour parvenir à de tels chiffres, les porcelets sont sevrés toujours plus tôt, et l’intervalle entre le sevrage et la nouvelle saillie est sans cesse réduit17. Les truies, épuisées, sont envoyées à l’abattoir à l’âge de 33 mois18.

Les cochons à l’engraissement grossissent eux aussi toujours plus vite : ils mettent aujourd’hui 165 jours pour atteindre le poids de 100 kg19, alors qu’il en fallait 200 en 197020.

Consommation massive d’antibiotiques

Dans les élevages intensifs, des quantités faramineuses d’antibiotiques sont utilisées comme palliatifs de conditions d’élevage (fortes densités, environnement appauvri, faible variabilité génétique) qui favorisent l’apparition et le développement de maladies.

En 2018 en France, 38 % des antibiotiques consommés l’ont été par les animaux d’élevage, ce qui représente 455 tonnes de matière active21. L’élevage de cochons est le premier consommateur d’antibiotiques, avec 166 tonnes consommées en 201822. Si on ramène à leur poids, les cochons sont les deuxièmes animaux d’élevage les plus exposés aux antibiotiques après les lapins23.

Les risques d’antibiorésistance engendrés par ces pratiques irresponsables sont de plus en plus préoccupants : les antibiotiques distribués massivement aux animaux d’élevage sont de moins en moins efficaces, et à long terme, les bactéries devenues résistantes peuvent être transmises aux humains et générer des infections extrêmement complexes à soigner. En l’espace de 18 ans (entre 2000 et 2018), dans une large partie du monde, la proportion d’antibiotiques devenus inefficaces sur les cochons d’élevage a triplé24.

En France, l’antibiorésistance est déjà la cause de plus de 5 500 décès par an25. Si rien ne change, les maladies infectieuses d’origine bactérienne pourraient redevenir en 2050 une des premières causes de mortalité dans le monde, provoquant jusqu’à 10 millions de morts26. Des experts prévoient que l’antibiorésistance pourrait tuer une personne humaine toutes les 3 secondes27.

Dans les élevages intensifs de cochons, on peut par exemple constater l’utilisation d’antibiotiques tels que l’amoxicilline ou la colistine, deux molécules classées d’« importance critique » (la catégorie la plus haute) par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les risques d’antibiorésistance engendrés pour la population humaine28.

Des conséquences désastreuses sur l’environnement

Outre l’impact sur les animaux et la santé des consommateurs, l’élevage intensif de cochons affecte l’environnement et la santé des éleveurs.

De manière générale, la production de produits d’origine animale est responsable de plus d’émissions de gaz à effet de serre que celle de n’importe quelle autre source de nourriture29. Selon une étude récente, l’élevage est à l’heure actuelle responsable de plus de 15 % des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine (21 % quand on inclut la déforestation), de 25 % de l’acidification des sols et de 74 % de l’eutrophisation des espaces aquatiques (accumulation d’azote et de phosphore dans l’eau conduisant au développement d’algues et à la mort de l’écosystème existant)30.

En particulier, les élevages de cochons sont, via les énormes quantités de lisier produites, de gros émetteurs d’ammoniac (NH3).
L’ammoniac émis dans l’atmosphère réagit avec des gaz acides et se transforme en ammonium, qui peut se déposer très loin du lieu d’émission. Ces retombées d’ammoniac conduisent à l’acidification des sols et à une nutrition végétale déséquilibrée. Une concentration élevée d’ammonium acidifie également l’eau des rivières et peut aboutir à la prolifération d’algues et à la disparition progressive des plantes aquatiques et des poissons31.

Au total, un tiers de l’azote consommé par un cochon de 100 kg se retrouve sous forme d’ammoniac. Celui-ci affecte l’environnement, mais également la santé des éleveurs de cochons, qui sont plus touchés que le reste de la population par les affections respiratoires, en particulier l’asthme et les bronchites chroniques32.

La France, second pays émetteur d’ammoniac en Europe, est particulièrement touchée. Ses émissions d’ammoniac sont à 97 % d’origine agricole, dont 75 % proviennent des élevages33.

Opinion publique et revendications

Aujourd’hui, 89 % des Français sont défavorables à l’élevage des cochons sur un sol en béton sans paille, 87 % à l’élevage des cochons dans des bâtiments fermés sans accès à l’extérieur, et 85 % aux mutilations pratiquées sur les porcelets (coupe des queues, meulage des dents, castration pour les mâles)34.

L214 porte à travers l’Appel contre l’élevage intensif des mesures politiques exigeantes :

  • un moratoire immédiat sur l’élevage intensif et l’interdiction de nouvelles constructions destinées à élever des animaux sans accès au plein air ;
  • un plan concret de sortie de l’élevage intensif, avec accompagnement des personnes qui en dépendent aujourd’hui vers des productions alternatives ;
  • une végétalisation d’ampleur de l’alimentation en restauration collective publique et privée.
Sources
1. « Consommation », Interprofession nationale porcine (INAPORC),. 2. En 2017, 23 858 700 cochons ont été abattus dans les abattoirs français. FAOSTAT, « Crops and livestock products ». 3. « Les trois systèmes d’élevage », Interprofession nationale porcine (INAPORC).

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