L214 condamnée pour avoir permis de filmer les conditions d'abattage à Mauléon-Licharre

Le 18/11/2019

L214 fait appel de cette décision

Le tribunal correctionnel de Pau a rendu aujourd'hui sa décision concernant les poursuites à l’encontre de l'association L214 pour atteinte à l'intimité de la vie privée de salariés, suite à la diffusion des conditions de mise à mort des animaux dans l’abattoir de Mauléon-Licharre en 2016. Les juges ont relaxé L214 pour la diffusion des images mais l'ont condamnée à 5 000 euros d'amende pour complicité d'atteinte à l'intimité de la vie privée. Le tribunal a également condamné l'association à verser 1 500 € à chacun des trois salariés de l'abattoir. L'association fera appel de cette décision.

L’objectif de L214 est de dénoncer un système qui met à mort 3 millions d’animaux chaque jour dans les abattoirs. Sa volonté est – et a toujours été – de dénoncer un système et non des personnes.

Pourtant, dans son travail d’information, L214 est confrontée à un problème : comment montrer la réalité des pratiques routinières d’un abattoir sans que des personnels des établissements n’apparaissent sur les images ? C’est mission impossible.
Soucieuse de préserver autant que possible les personnes, pour chaque enquête, L214 est attentive à flouter les visages, à accompagner les images avec pédagogie et mesure : faire prendre conscience de l’horreur que nous faisons subir aux animaux, démontrer que cette violence est institutionnalisée et que les ouvriers présents sur les images ne sont que des rouages d’une machine réglée à 2 400 mises à mort à la minute.
Si les salariés doivent répondre de leurs actes devant la justice, L214 s’est toujours attachée à faire peser la responsabilité sur nos choix de société ou sur des dysfonctionnements qui incombent le plus souvent aux abattoirs et aux services de l’État.

Les images récupérées par L214 avaient permis au tribunal de Pau de condamner en octobre 2018 l'abattoir de Mauléon-Licharre et son ancien directeur pour délit de tromperie sur la qualité du produit, abattage sans équipement conforme et abattage sans personnel qualifié, ainsi que quatre de ses employés pour mauvais traitements sur les animaux. Ces images avaient également conduit à la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les abattoirs à l'Assemblée nationale et avaient poussé l'ex-ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll à ordonner des inspections dans tous les abattoirs de boucherie en France. Cet audit avait révélé que 80 % des chaînes d'abattage présentaient des non-conformités.

Pour Brigitte Gothière, cofondatrice et porte-parole de l’association : « Cette décision nous semble profondément injuste : l’intention de l’association n'a jamais été de stigmatiser les salariés mais bien de défendre les animaux. Si nous pouvions informer et faire prendre conscience de l’horreur qui se déroule derrière les murs des abattoirs autrement qu'en filmant clandestinement, évidemment, nous le ferions. D'ailleurs, nous préférerions sincèrement ne rien avoir à filmer ! Mais il faut se rendre à l'évidence : jusqu'à présent, seules les images ont permis de mettre en lumière la violence inouïe qui se déroule quotidiennement dans les abattoirs. Cette violence touche également les salariés chargés de faire le sale boulot pour une société prompte à les tenir responsables afin de mieux s’affranchir de ses propres responsabilités.
Pour mettre fin à ce système injuste, cruel, effroyable pour les animaux et les humains et désastreux pour l’environnement, nous continuerons de divulguer ce que les industries agroalimentaires cherchent à nous cacher. »

Contacts presse :
Brigitte Gothière : 06 20 03 32 66
Barbara Boyer : 06 50 35 57 48
Hélène Thouy (avocate) : 06 77 80 30 04

Abattoir de Mauléon-Licharre : rappel des faits

Après Alès et Le Vigan, ce sont des images de l’abattoir de Mauléon-Licharre, dans les Pyrénées-Atlantiques, que dévoilait l’association L214 en mars 2016. Sur cette période, près de 11 000 agneaux étaient abattus pour les fêtes de Pâques. Dans cet abattoir, pourtant certifié bio, Label Rouge et IGP, on pouvait observer de nombreuses infractions aux règles de protection animale ainsi que des actes de maltraitance : animaux frappés au crochet, étourdis à plusieurs reprises, saignés tardivement ou égorgés en pleine conscience...

Enquête dans l'abattoir de Mauléon-Licharre

→ Voir la vidéo d'enquête

Condamnation de l'abattoir et de son directeur

Le 29 octobre 2018, le tribunal de Pau a rendu sa décision concernant les faits qui avaient été filmés à l’abattoir de Mauléon-Licharre. Les juges ont mis l’accent sur la responsabilité majeure de l’abattoir et de son ancien directeur, condamnés respectivement à une amende de 10 000 € et à 6 mois de prison avec sursis pour le délit de tromperie sur la qualité des produits ainsi qu’à des contraventions pour abattage sans équipement conforme et abattage sans personnel qualifié. Les employés ont quant à eux été condamnés à des amendes allant de 80 € à 520 € pour abattage sans précaution pour éviter de faire souffrir, abattage sans étourdissement, immobilisation sans précaution et saignée tardive.

Malgré les nombreuses infractions révélées par l'enquête préliminaire ordonnée par le procureur de la République, le seul délit – et la plus lourde peine – retenu dans le cadre de ce procès est la « tromperie sur la qualité des produits » (pour le non-respect du cahier des charges Label Rouge). Toutes les autres infractions ayant eu un impact direct sur les animaux ne constituent que de simples contraventions – soit rien de plus qu’un petit excès de vitesse.

→ Lire notre communiqué de presse sur la condamnation de l'abattoir de Mauléon-Licharre

Travailler en abattoir : un tabou

Les images que L214 a révélées ont permis de s’intéresser également aux conditions de travail des personnels des abattoirs. Ainsi, le journaliste Geoffrey Le Guilcher a mené une enquête en immersion dans un des plus gros abattoirs de Bretagne. Avec sa collègue d’Envoyé spécial, ils ont ainsi mis à jour les souffrances physiques et psychologiques endurées par les ouvriers, à travers des témoignages mais aussi en allant déterrer un rapport accablant de la Stivab sur les conditions de travail dans les abattoirs bretons.
Mauricio Garcia Pereira, lanceur d’alerte de l’abattoir de Limoges, a quant à lui témoigné aux côtés de L214, dénonçant les violences subies par les animaux et les conditions de travail effroyables des ouvriers.

Mettre fin à la violence subie par les animaux dans les abattoirs, c’est aussi sortir les humains de conditions de travail effroyables.

Contacts presse :
Brigitte Gothière : 06 20 03 32 66
Barbara Boyer : 06 50 35 57 48
Hélène Thouy (avocate) : 06 77 80 30 04

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