Le 16 avril 2026, le juge des référés du tribunal judiciaire de Saint-Malo a rejeté les demandes des sociétés d’exploitation de deux élevages porcins fournisseurs de la Filière Qualité Carrefour et de leur gérant (président de la Cooperl, leader de l’industrie porcine en France) visant à faire interdire la diffusion d’une enquête publiée par L214 le 27 novembre 2025.
Les images dénonçaient les conditions d'élevage de plus de 8 000 cochons dans les Côtes-d'Armor : truies en cage, cafards dans les mangeoires, animaux malades ou blessés.
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Des cochons élevés au milieu des cafards
Les deux élevages comptent un total de 8 200 animaux et présentent un état sanitaire préoccupant. Les bâtiments sont infestés de cafards qui grouillent sur les murs, sur les barrières et jusque dans les mangeoires des animaux.
Des cochons sont malades (hernies, paraplégies...) ou blessés, certains à l'agonie, d'autres sont déjà morts.
Les animaux vivent sans accès à l’extérieur, dans une grande promiscuité, la plupart sur un sol bétonné. Les truies pour la reproduction sont enfermées la moitié de leur vie dans des cages qui ne leur permettent même pas de se retourner. Des porcelets chétifs sont tués par claquage.
Les élevages de Plénée-Jugon (7 000 cochons) et d’Éréac (1 200 cochons) fournissent la marque Filière Qualité Carrefour en tranches de jambon, lardons et rôtis . Bernard Rouxel est président et éleveur adhérent de la Cooperl. Il est à la fois propriétaire et gérant de ces deux élevages.
Ces images reflètent la réalité de l'élevage intensif porcin en France : 95 % des cochons passent leur vie sur du béton, sans paille ni accès à l'extérieur. Les truies sont encagées, les verrats isolés toute leur vie.
→ Lire le communiqué de presse de l’enquête
La liberté d’expression de L214 l’emporte sur le droit de propriété des exploitants
Pour le juge des référés du tribunal judiciaire de Saint-Malo, l’atteinte au droit de propriété constituée par la diffusion d’images d’un élevage de cochons sans l’autorisation de son propriétaire ne suffit pas à restreindre la liberté d’expression d’une association de défense des animaux dès lors que le « but légitime poursuivi par L214 n'est pas la stigmatisation d'une exploitation en particulier mais le droit à l'information des consommateurs et la responsabilisation des acteurs économiques du secteur en les alertant sur la persistance de pratiques d'élevage pourtant publiquement réprouvées et pénalement reprochables.»
Comme le souligne le juge, les élevages en cause ne sont que le support d’un débat bien plus large concernant les conditions dans lesquelles sont élevés les animaux destinés à la consommation humaine, notamment « lorsqu'il s'agit d'élevage en milieu fermé et inaccessible au grand public ».
Il reconnaît ainsi que « la présentation des faits telle qu'elle ressort de la vidéo n'est ni déformée, ni travestie ni accrocheuse et correspond à la réalité de l'exploitation telle qu'elle est ordinairement conduite ».
La décision du 16 avril 2026 n’est pas définitive tant que les parties ont la possibilité de faire appel.
Pour Brigitte Gothière, cofondatrice de L214 : « L214 se réjouit de cette décision qui reconnaît la légitimité d'un débat sur les conditions d'élevage et d'abattage des animaux. Les pratiques documentées dans notre enquête sont la réalité quotidienne de millions de cochons en France : les animaux en paient le prix fort, et les consommateurs, les éleveurs et l'environnement en subissent aussi les conséquences. Il appartient aux acteurs comme Carrefour de montrer l'exemple, en s'engageant à respecter le Plant Protein Pact pour réduire de moitié le nombre d'animaux issus d'élevages intensifs dans leurs rayons d'ici 2030. »