L214 et l’association de riverains, Contre un projet géant à Sarry 51 (CUPGAS51), attaquent la décision de la préfecture de la Marne qui autorise la construction d’un élevage intensif de poulets dans la commune de Sarry, près de Châlons-en-Champagne.
Ce méga poulailler exploitera plus de 600 000 poulets par an, malgré les réserves de l’autorité environnementale (MRAe). Localement, ce projet suscite une forte opposition : la pétition a recueilli près de 39 000 signatures et une manifestation a été organisée en janvier dernier par les riverains.→ Consulter l'enquête publique de la préfecture
→ Consulter l'autorisation préfectorale
Un modèle d’élevage obsolète et aberrant pour les animaux
L’élevage prévoit d’entasser 101 200 poulets, soit 23 animaux par m², dans des bâtiments sans accès à l’extérieur. Cette densité dépasse largement la recommandation de 6 poulets par m² de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) visant à limiter la souffrance et à permettre l’expression des comportements naturels1.
Par ailleurs, alors qu’au moins deux inspections quotidiennes de chaque poulet sont imposées par un arrêté, seuls deux salariés seraient en charge de plus de 100 000 animaux. Avec cet effectif, chaque poulet serait examiné moins d’une demi-seconde par jour : une surveillance adéquate est donc irréaliste.
L214 alerte depuis de nombreuses années sur les maltraitances inhérentes aux élevages intensifs, qui enferment aujourd'hui 80 % des poulets abattus en France. Confinés dans des bâtiments, entassés les uns sur les autres, ils souffrent de maladies, de malformations et de douleurs aux pattes liées à leur croissance ultrarapide. Les races utilisées ont été créées pour que les oiseaux grossissent le plus vite possible (4 fois plus rapidement qu’en 1950), au détriment de leurs conditions de vie et de leurs besoins physiologiques.
Alors que 8 Français sur 10 sont opposés à l’élevage intensif et souhaitent son interdiction, 80 % des animaux sont encore élevés de manière intensive en France.
L’impact environnemental et le risque sanitaire insuffisamment évalués
Les élevages intensifs de poulets génèrent chaque année des centaines de tonnes de fumier. Ces pratiques polluent les nappes phréatiques, contaminent les cours d’eau, détériorent la biodiversité et contribuent aux émissions de gaz à effet de serre.
Plusieurs de ces impacts sont insuffisamment pris en compte dans le projet de Sarry. L’autorité environnementale (la MRAe) a relevé de graves lacunes dans l’évaluation environnementale du projet et demande des correctifs.
Ressources en eau
La forte consommation d’eau via un forage pourrait affecter la nappe phréatique. Le site se situe dans l’aire d’alimentation du captage de Châlons-en-Champagne, augmentant les risques de contamination (azote, médicaments).Émissions de GES
Le projet génère d’importantes émissions (transports, chauffage, épandage), sans bilan carbone complet permettant d’en mesurer l’ampleur.Biodiversité
L’état initial est peu documenté, sans inventaire de terrain. Les impacts sur la faune et la flore, y compris proches de zones protégées, sont mal évalués.Risques naturels
La commune étant sujette aux mouvements de terrain, certaines prescriptions ne sont pas respectées.Absence d’alternatives
Aucune analyse approfondie des solutions techniques ou d’implantation n’est fournie, fragilisant la justification environnementale du projet.→ Lire le dossier de l’exploitant
De plus, ce modèle fondé sur l’entassement d’animaux, la sélection génétique extrême et les cycles de production accélérés favorise l’explosion de foyers pathogènes, augmente les risques de zoonoses et accélère l’antibiorésistance.
Pour Steeve Henry, président de Contre un projet géant à Sarry 51 : « Avec CUPGAS51 et le collectif Le poulailler XXL à Sarry, c’est non !, nous nous opposons au poulailler géant de Sarry. Ce type d’élevage industriel, où qu’il se développe, va à l’encontre de l’environnement, du bien-être animal et des attentes des habitants. Il présente aussi des risques pour la santé publique, notamment en matière de grippe aviaire. Nous demandons l’abandon du projet et l’ouverture d’un débat sur un modèle agricole plus durable et éthique. »
Pour Isabelle Fernandez, chargée de campagne de l'association L214 : « Ce projet est une aberration face à l’urgence climatique, aux risques sanitaires et aux conséquences de l’élevage sur les animaux. Plutôt qu’agrandir des élevages intensifs, rejetés par 80 % des Français, il est nécessaire de sortir de ce système et de réduire la consommation de viande. L214 vise à diviser par deux le nombre d’animaux tués d’ici 2030.»
→ Consulter les outils de mobilisation proposés par L214 contre les projets d’élevages intensifs
1 Rapport Broiler welfare on farms, EFSA, 2023, p. 170.