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"Fact checking" de Cowspiracy

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Le documentaire Cowspiracy, dont le scénario ne manque pas de suspens et est mené comme une véritable enquête, s'attelle à répondre à une question apparemment déroutante : pourquoi est-ce que les pouvoirs publics et beaucoup d’ONG écologistes se préoccupent-ils si peu de réduire la consommation de produits issus de l’élevage ou de la pêche, alors que les productions animales sont des sources importantes de pollution, de déforestation, de perte de biodiversité et d’émissions de gaz à effet de serre ?

Les citoyens sont encouragés à prendre des douches plutôt que des bains, à opter pour les ampoules basse consommation, à réduire leur consommation d'énergie, etc. Pourtant, réduire notre consommation de produits animaux et végétaliser notre alimentation semblent moins bouleverser nos modes de vies que d’autres mesures, comme une réduction ou un changement significative de l’usage des moyens de transport ou de la consommation d’électricité.

Alors, pourquoi personne n'aborde la question de l'impact de la consommation carnée ? Et d'ailleurs, quelle est-elle au juste ?

Le réalisateur de Cowspiracy, Kip Andersen, ouvre un débat d'autant plus essentiel qu'une alimentation végétale est non seulement bonne pour la planète, mais aussi pour notre santé, et permet bien sûr d'épargner les animaux.

Sans que cela ne retire quoi que ce soit à son intérêt, ce film recourt cependant à des estimations des dégâts liés l’élevage et de la pêche ; c'est pourquoi nous en proposons un "fact checking". Ce dernier, qui n'est d'ailleurs pas exhaustif, s'appuie sur le texte du film ainsi que la bibliographie fournie sur cowspiracy.com.

Gaz à effet de serre

• Propos : "le secteur de l’élevage est responsable de 51% des émissions de gaz à effet de serre (GES)", "le bétail provoque 18% à 30% des émissions de gaz à effet de serre selon l’ONU", "d’après la FAO, le secteur de l’élevage produit 18% des émissions anthropiques de gaz à effet de serre."

Le chiffre 51 % provient d’une tribune rédigée par un retraité de la Banque Mondiale et l’un de ses anciens collègues dans la revue de l’association écologiste Worldwatch. Dans leur étude, les auteurs ont inclu la respiration des animaux dans les émissions de GES ce qui donne ce pourcentage très élevé. Or, la respiration n’est pas comptée dans les émissions nettes pour une raison simple : elle est compensée par la photosynthèse des plantes. Quand bien même on l’inclurait, il faudrait alors inclure dans le bilan carbone la photosynthèse (ce que les auteurs ne font pas).

Le chiffre de 30% semble apparaître uniquement dans les publications de l’ONU, qui indiquent : “les émissions de GES d’origine agricole pourraient être réduites de 30 %”.

En 2006, la FAO avait estimé les émissions de GES dues au secteurs de l'élevage à 18%. En 2013, elle a établi que l’élevage était responsable de 14,5 % des émissions de GES au niveau mondial, contre 14 % pour le secteur des transports.

En raison des différences de méthodologie employées, certains organismes avancent des pourcentages différents (nettement plus élevés ou légèrement plus bas), mais, dans tous les cas, tous s’accordent à dire que l’élevage contribue significativement au changement climatique.

Occupation des terres et biomasse

• Propos : 45 % des terres émergées sont utilisées par l’élevage.

Le chiffre établi par la FAO est&nbsp: 30% des terres non recouvertes par les glaces est utilisé directement ou indirectement pour l’élevage. Le chiffre de 45% provient d’un article sans référence. Sur le site cowspiracy.com, l’auteur cite d’ailleurs le chiffre de 30%.

• Propos : les humains et les animaux domestiques pèsent pour près de 98 % de la biomasse terrestre.

Même si on s’en tient à la biomasse animale (ce qui n'est pas précisé dans le film), les humains et animaux domestiques ne pèsent qu’environ 1/5 de l’ensemble. En fait ce chiffre de 98 % est souvent avancé à propos de la biomasse des vertébrés terrestres. Mais nous ne savons pas comment le calcul a été réalisé.

• Propos : étant donné leur consommation de viande actuelle, il faudrait convertir près des ⅔ du continent Américain en pâturage si l’on remplaçait l’élevage industriel par l’élevage extensif de bovins.

Ce chiffre est obtenu en utilisant la densité sur les terres de la ferme visitée. C’est une densité très faible, très éloignée de la moyenne des pâturages américains actuels.

• Propos : il y a 7 milliards d’humains et 70 milliards d’animaux d’élevage dans le monde.

Ce chiffre de 70 milliards correspond à peu près à celui des animaux terrestres tués par année. Le chiffre réel des animaux d'élevage que l'on fait naître par année est d'ailleurs très nettement supérieur, car des centaines de millions d'animaux sont tués avant d'atteindre l'âge d'un an, ou meurent très jeunes dans les élevages, avant même d'être conduits à l'abattoir.
Si on parle du cheptel, la FAO estime qu'il y a près de 25 milliards de vertébrés terrestres d’élevage dans le monde (FAO, World Livestock 2013).

L’eau

• propos : le bétail consomme 1/3 de l’eau douce dans le monde.

Les estimations de la FAO sont bien moindres : le secteur de l’élevage serait responsable de 8 % de la consommation mondiale humaine d’eau (FAO, Livestock long shadow, 2006, p. xxii).

• Les chiffres sur l’eau.

Par exemple : fabriquer un hamburger consomme autant d’eau que deux mois de douche.
Ces chiffres mélangent eau potable, eau d’irrigation et eau de pluie, puis sont comparés à des chiffres de consommation d’eau potable uniquement (douche, tuyau d’arrosage du jardin, etc).
Il est justifié de tenir compte de l’utilisation d’eau de pluie. Après tout, on peut considérer que, comme toute ressource naturelle limitée (telle que l’eau de source), elle doit être utilisé à bon escient. Et il est exact que l’on produit plus de nourriture à partir des plantes arrosées par l’eau de pluie qu’à partir des animaux ayant mangé les mêmes plantes arrosées par l’eau de pluie.
Toutefois, l’eau du robinet est beaucoup plus coûteuse que l’eau de pluie ou même que l’eau d’irrigation. Elle est purifiée en amont pour la rendre potable et subit un traitement d’épuration avant rejet. Comparer la consommation d’eau nécessaire à la fabrication d’un hamburger à 60 douches ou 660 gallons d’eau répandus dans le voisinage par un tuyau d’arrosage ouvert donne certes une idée de la quantité d’eau en jeu mais ne tient pas compte de la différence qualitative des eaux.

La pêche

• Propos : 3/4 des ressources de poissons sont exploitées ou surexploitées, il ne reste plus beaucoup de ressources halieutique exploitées d’une manière écologiquement soutenable.

Cette phrase est prononcée par une personne interviewée, un donnée sourcée énonce que 29 % des ressources halieutiques sont exploitées d’une manière non soutenable à long terme (c’est-à-dire surexploitées).

• Propos : pour 1 kg de poisson pêché, il y a en moyenne 5 kg de prises accessoires.

Ce chiffre est vrai pour la pêche aux crevettes .Il est moins élevé pour la pêche des autres animaux marins : les prises accessoires représentent 8% à 25 % des prises.

• Propos : 90 millions de tonnes de poissons sont pêchés en mer chaque année.

Ceci est le chiffre total des captures de pêche. Environ 79 millions de tonnes sont pêchés en mer, et 11 millions en eaux douces.

• Propos : 28 milliards d’animaux sont pêchés dans l’océan chaque année.

Ce chiffre, donné par un interviewé, semble très sous évalué par rapport aux estimations communément admises. Fishcount.org.uk estime le nombre de poissons tués chaque année par la pêche entre 1000 et 3000 milliards (les invertébrés ne sont pas comptabilisés dans ce chiffre).

La déforestation

• Propos : l’élevage est responsable de 91 % des destructions de la forêt amazonienne.

Pour être exact, l’élevage est responsable de 91 % des destructions de la forêt amazonienne au Brésil depuis 1970.

• Propos : 80% de la forêt amazonienne au Brésil a été détruite à cause de l'élevage.

Les 80% concernent l'Amazonie.

• Propos : 1/3 de la planète est désertifiée à cause de l’élevage.

La source citée par l’auteur indique que&nbsp: “Les zones arides couvrent 1/3 de la planète”. Il est ici question des seules terres émergées.

Nutrition

• Propos : tous les nutriments nécessaires se trouvent dans le règne végétal.

C’est vrai (voir la Position officielle de l’Association américaine de diététique au sujet de l’alimentation végétarienne de 2009) à l'exception de la vitamine B12, qui est d’origine bactérienne et qui ne se trouve dans aucun végétal, ni algue. Les vegans doivent donc s'assurer un apport fiable en vitamine B12 (sous la forme de supplément ou en consommant des aliments enrichis, mais ceux-ci sont encore rares en France).
Et si les produits animaux sont riches en B12, c’est parce qu’on supplémente les animaux d’élevage. Voir D. Olivier, Les animaux emballages (2012).

• Le lait est fait pour les veaux, pas pour les humains.

C’est vrai, mais on pourrait dire la même chose de bien d’autres aliments, comme le lait de soja : “la graine de soja est faite pour faire pousser un plant de soja, pas pour nourrir les humains”.
La bonne question est celle de la souffrance des vaches et des veaux : pour produire du lait, les vaches sont inséminés artificiellement chaque année, puis on leur retire leur veau, le plus souvent dès la naissance. Les veaux mâles sont engraissés et tués, les femelles remplacent les mères. Heureusement, il existe de nombreuses sources de calcium végétales tout à fait fiables, et les alternatives aux produits laitiers sont en plein développement.

Le lait de vache n’est pas nécessaire pour être en bonne santé. Il existe d’autres aliments riches en calcium, comme les laits et yaourts végétaux enrichis en calcium, le tofu, les crucifères, les amandes, les graines de pavot, le sésame...

• Propos : le lait stimule les tissus des femmes, leur donne des grosseurs mammaires, ça fait gonfler leur utérus, ça les fait saigner, ça leur donne des fibromes…

Nous n’avons trouvé ni étude, ni cas clinique étayant ces affirmations.

• Propos : le lait donne des seins aux hommes.

Nous n’avons trouvé ni étude, ni cas clinique étayant cette affirmation.

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