Projet de loi d’urgence agricole : au Sénat, Laurent Duplomb au service de l’agro-industrie


Après une étude en commission des affaires économiques, le Sénat s’apprête à débattre du projet de loi d’urgence agricole en plénière ce lundi 29 juin. En parallèle de ses amendements pour réintroduire l’acétamipride, le sénateur Laurent Duplomb soutient la multiplication des poulaillers intensifs, dans la droite ligne de l’article 17 du projet de loi, qui vise à déréglementer les élevages intensifs par ordonnance. Alors que la France connaît son deuxième épisode caniculaire de l’année, produit d'un dérèglement climatique auquel l'élevage intensif contribue, L214 appelle à un changement de modèle urgent.


De multiples tentatives pour faciliter l’élevage intensif

Si Laurent Duplomb a déjà fait couler beaucoup d’encre en 2025 avec sa loi visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d’agriculteur (« loi Duplomb »), notamment pour ses positions en faveur de la réintroduction de pesticides controversés comme l’acétamipride, ses positions relatives aux questions d’élevage ne sont pas moins en décalage avec les attentes citoyennes en termes de condition animale, protection de l’environnement et préservation de la santé.


Dès 2025, ce sénateur s’est illustré par des dispositions dans sa « loi Duplomb » destinées à faciliter l'agrandissement des élevages intensifs. La loi a restreint les consultations du public lors de projets d’implantation et d’extension d’élevage intensif et relevé les seuils à partir desquels les élevages sont soumis à autorisation environnementale par la préfecture. Ces seuils sont ainsi passés de 40 000 pour les volailles à 85 000 pour les poulets et 60 000 pour les poules d’une part, et de 2 000 pour les cochons ou 750 pour les truies à 3 000 pour les cochons ou 900 pour les truies. Si la loi Duplomb a bien été adoptée, les mesures sur l’élevage n'ont pas encore été mises en œuvre en raison des contraintes du calendrier européen.


Laurent Duplomb : l’agent de l’élevage intensif au Sénat

Le projet de loi d'urgence agricole tire les conséquences de ce blocage en franchissant une étape d'une tout autre nature. Il ne s'agit plus seulement de relever des seuils, mais de soustraire les élevages intensifs à la réglementation commune applicable à toutes les installations polluantes. Le gouvernement serait alors habilité à créer par ordonnance un régime juridique entièrement dédié à l'élevage, sans vote de fond du Parlement, alors qu’aucun détail n'a, à ce jour, été rendu public.


La nomination de Laurent Duplomb comme rapporteur du projet de loi d’urgence agricole au Sénat déroule le tapis rouge à cette dérégulation des élevages intensifs encore plus poussée. L’objectif du gouvernement et des filières de l’agro-industrie : construire en France 2 200 nouveaux poulaillers intensifs sur dix ans pour répondre à la demande de distributeurs et transformateurs industriels qui réclament des prix toujours plus bas.


Alors qu'un épisode caniculaire secoue cette semaine la France, les limites de ce modèle apparaissent clairement : entassés à 22 par mètre carré dans des bâtiments fermés, les poulets subissent de plein fouet les effets des fortes chaleurs. Or les élevages intensifs contribuent largement au dérèglement climatique via l’émission de gaz à effet de serre qui rendent ces épisodes toujours plus fréquents. En choisissant d'intensifier encore ce modèle, ce texte s'engage dans un cercle vicieux qui menace, à terme, les capacités productives agricoles elles-mêmes et la souveraineté alimentaire qu'il prétend défendre.


Un éleveur perfusé aux aides publiques pour décider du modèle agricole du pays

Très médiatisé pour son acharnement à réintroduire certains pesticides nocifs, l’acétamipride en tête, le travail du sénateur pour alléger les contraintes applicables aux élevages est bien moins connu. Pourtant, Laurent Duplomb est lui-même éleveur, à la tête d’un élevage bovin en Haute-Loire. Son exploitation a reçu depuis 2020 de nombreuses aides, faisant de lui l’un des éleveurs les plus aidés de France ces dernières années. Il a reçu plus d'un million d'euros d'aides en dix ans, dont 250 000 euros pour agrandir son propre bâtiment d'élevage, pendant que sa loi était débattue au Parlement pour faciliter ce type d’extension.


Pour Marie Waniowski, gestionnaire des campagnes politiques nationales : « Nommer Laurent Duplomb rapporteur de ce projet de loi au Sénat, c’est laisser légiférer un éleveur qui écrit les règles pour son propre secteur, avec un risque évident de conflit d’intérêts. Le projet de loi d’urgence agricole est déjà, en l'état, un blanc-seing à l'agro-industrie, qui ouvre la voie à 2 200 nouveaux poulaillers intensifs sur notre territoire. Les décisions de Laurent Duplomb, en tant que rapporteur du texte, auront des conséquences majeures sur des centaines de millions d’animaux chaque année, la santé des citoyens et les éleveurs eux-mêmes, à la faveur de l’agro-industrie, dont il se fait le relais au sein des institutions de la République. »



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