À Sempy, dans le Pas-de-Calais, un projet d’élevage intensif de poulets hors norme s’apprête à voir le jour. La capacité de l’exploitation passerait de 63 000 à 147 000 animaux élevés simultanément, soit plus d’un million de poulets chaque année.
Derrière ces chiffres se cachent à la fois les pires pratiques d’élevage – claustration totale, densités extrêmes, souches à croissance ultra-rapide – et une pression accrue sur l’environnement : doublement des prélèvements d’eau, rejets de polluants atmosphériques et de nitrates dans une nappe phréatique déjà fragilisée.
Le dossier déposé par la SARL MAVIME a été présenté dans le cadre de la consultation du public. L214 s’oppose fermement à ce projet d’élevage intensif, source d’une souffrance aigüe pour un nombre considérable d’animaux et contraire à l’intérêt général. Par conséquent, l’association a déposé une contribution argumentée auprès de la préfecture.
Des pratiques d’élevage à rebours des engagements pris par les leaders du secteur
Plus de 120 entreprises de l’agroalimentaire ont déjà rejoint le European Chicken Commitment (ECC), un socle de critères visant à améliorer significativement les conditions d’élevage des poulets de chair. Alors que les leaders de la filière avicole s’engagent vers un recul de la souffrance des poulets, la SARL MAVIME fait le choix de l’hyper-intensification : densités record, croissance ultra-rapide et confinement total.
Là où l’ECC impose de ne pas dépasser 30 kg/m² (soit 12 à 15 poulets/m²), le projet de la SARL MAVIME prévoit une densité de 21 poulets par m², atteignant une charge pondérale maximale de 37,8 kg/m².
Les oiseaux élevés dans cet établissement sont issus de souches sélectionnées pour atteindre un poids élevé jusqu’à quatre fois plus rapidement qu’en 1950. Une telle accélération de la croissance entraîne des troubles de santé, notamment des pathologies et des atteintes musculo-squelettiques. Ce choix est en contradiction avec les préconisations de l’ECC, qui encourage le recours à des souches à croissance plus lente. Or, la SARL MAVIME prévoit d’élever des poulets abattus entre 34 et 42 jours, soit une durée de vie nettement inférieure à celle recommandée.
Avec plus d’un million de poulets produits chaque année sans accès à la lumière du jour, ce projet constitue l’une des plus importantes concentrations de poulets envisagées dans le département. Les bâtiments fonctionneraient en continu sous un éclairage artificiel, dans le but d’optimiser la croissance des animaux au détriment de leurs besoins physiologiques. Un tel confinement intégral, dans des structures dépourvues de fenêtres, est en contradiction directe avec les critères de l’ECC, qui recommandent notamment l’apport de lumière naturelle et l’enrichissement du milieu de vie des animaux.
→ Voir les entreprises engagées sur l'ECC

Poulet à croissance rapide dans un élevage du Pas-de-Calais (photo L214 libre de droits)
Une menace pour l’environnement
L’extension massive de cet élevage accentuerait la pression sur les ressources. Le nouveau forage, destiné à 99 % à l'abreuvement des animaux, doublerait les prélèvements dans une nappe déjà vulnérable aux nitrates.
La mission régionale d'autorité environnementale (MRAe) pointe également l’absence de bilan carbone complet et s’inquiète de la présence de formol toxique dans les eaux de lavage qui sont ensuite épandues.
Le projet entraînerait en outre des émissions de plus de 26 tonnes d’ammoniac par an, aggravant la pollution de l’air et les phénomènes d’eutrophisation.
Pour Isabelle Fernandez, porte-parole de l'association L214 : « Les engagements pris par de nombreux acteurs de la filière prouvent que les critères demandés par le European Chicken Commitment sont réalistes et réalisables. S’engager à respecter ces critères minimaux permet de réduire concrètement la souffrance de millions de poulets. S’y refuser, c’est ignorer les avancées scientifiques et maintenir des pratiques préjudiciables pour les animaux comme pour l’environnement. L214 poursuivra son travail d’information et appelle les entreprises à prendre leurs responsabilités en respectant l’ensemble des critères de l’ECC. »