Ce jeudi 2 avril 2026, à 13 h 30, au tribunal judiciaire de Saint-Malo, se tiendra l'audience concernant trois élevages situés à Yvignac-la-Tour (Côtes-d'Armor) exploités par un même gérant. Ce dernier est poursuivi pour de multiples infractions, dont abandon d'animaux, sévices graves, mauvais traitements et détention de cadavres.
Malgré plusieurs inspections de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP), des mises en demeure répétées et des arrêtés préfectoraux de suspension d’activité, les infractions ont perduré depuis au moins 2020.
L’association L214 s’est constituée partie civile.
Plus de six ans d'infractions constatées par la DDPP
L'exploitant possède trois élevages de cochons répartis sur plusieurs sites à Yvignac-la-Tour (22) : Haslé, Avenue des Sapins (qui compte également une centaine de vaches laitières) et La Gripponière.
Dès 2020, à la suite d’un signalement, la DDPP des Côtes-d'Armor a relevé de nombreux manquements à la réglementation. Malgré de multiples mises en demeure, la situation ne s'est pas améliorée et s'est même détériorée.
Les inspections successives ont révélé des conditions d'élevage effroyables et récurrentes sur les trois sites :
- des animaux privés d'eau et de nourriture, vivant dans leurs excréments et dans l'obscurité totale ;
- des cadavres d'animaux laissés parmi les vivants, parfois en décomposition avancée, et certains dévorés par les survivants ;
- des bâtiments en état de délabrement très avancé, sources de blessures pour les cochons et les vaches ;
- des animaux cachectiques, malades ou blessés, abandonnés sans soins ni nourriture ni abreuvement, laissés agonisants au milieu de leurs congénères ;
- la coupe systématique des queues des porcelets ;
- une main-d'œuvre largement insuffisante : une seule employée s'occupait de plusieurs sites simultanément ;
- des ossements et des cadavres disséminés à l'intérieur et à l'extérieur des bâtiments, en l'absence de toute gestion conforme de l'équarrissage ;
- Avenue des Sapins : 109 bovins détenus dans des conditions sources de souffrance et de blessures (absence de litière, équipements détériorés).
Face à la gravité des faits, le Préfet a ordonné en mars 2021 la suspension de l’activité des élevages Haslé et Avenue des Sapins. Néanmoins, l’exploitant n’a pas respecté la décision puisqu’il a continué à inséminer les truies et n’a procédé à aucune régularisation.
Une audience pour de multiples infractions
Les poursuites portent sur de nombreux délits, parmi lesquels : mauvais traitements, sévices graves, abandon d’animaux, inexécution de décisions administratives, défaut de gestion des cadavres d’animaux.
En cas de condamnation, l’exploitant encourt notamment une interdiction de détenir des animaux et d’exercer son activité, ainsi que la confiscation des animaux.
L214 espère une sanction exemplaire à la hauteur des indescriptibles souffrances subies par les animaux sur un temps si long.
Pour Brigitte Gothière, cofondatrice de L214 :
« Cette affaire pose une question fondamentale : l'État est-il vraiment en mesure de faire respecter la réglementation dans les élevages ?
Inspections, mises en demeure, arrêtés de suspension… Et pourtant, pendant plus de six ans, rien n'a changé. Les animaux ont continué à souffrir et à mourir, enfermés dans des bâtiments sans aucun accès à l’extérieur, à l’abri des regards.
Loin d’être un cas isolé, cette affaire révèle une fois de plus l’incapacité des services vétérinaires à faire cesser des situations pourtant pénalement répréhensibles. Elle démontre aussi que l’élevage intensif engendre de terribles souffrances pour les animaux.
Il est urgent de transformer notre modèle alimentaire en sortant de l'élevage intensif. Réduire de moitié le nombre d'animaux tués constitue un objectif concret, nécessaire et bénéfique pour tous. »