L214 a contribué à l’enquête publique ouverte le lundi 15 décembre portant sur le projet d’installation aquacole de Pure Salmon au Verdon-sur-Mer. Par son ampleur, ce projet de ferme-usine figure parmi les plus importants élevages terrestres de saumons envisagés en France.
Pure Salmon prévoit de produire 10 000 tonnes de saumons, soit environ 2 millions d’animaux, à l’aide d’un système de recirculation de l’eau (RAS). Dès son lancement, le projet a suscité une forte mobilisation portée notamment par l’association Seastemik, rejointe par de nombreux habitants de la Gironde et d’autres organisations.
Ce modèle d’élevage intensif ferait peser de lourdes conséquences sur les animaux et sur l’environnement. Face à ces risques majeurs, L214 demande aux commissaires enquêteurs de rendre un avis clairement défavorable.
Informations pratiques :
📅 L’enquête publique est ouverte du 15 décembre 2025 au 19 janvier 2026.
📝 L’observation de L214
🎥 La vidéo de L214 sur les fermes-usines de saumons
Systèmes RAS : des limites révélées par les faits
Un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (octobre 2022) met en évidence les limites économiques, techniques et environnementales des systèmes RAS : l’intensification de la production accroît les risques sanitaires et la mortalité des poissons et s’accompagne d’une forte consommation d’énergie, de sorte que ces systèmes restent polluants malgré la réduction des rejets dans l’eau.
Par ailleurs, plusieurs incidents récents dans des élevages de saumons en RAS au Canada, au Japon, au Danemark et aux États-Unis ont entraîné la mort de dizaines à centaines de milliers de poissons, révélant la forte fragilité de ces systèmes en circuit fermé, où une panne technique ou une erreur humaine peut provoquer des mortalités massives. Ce mode d’élevage ne peut ainsi être présenté comme modèle de référence à grande échelle.
Reconnaître la sensibilité… pour mieux l’ignorer
Alors que Pure Salmon reconnaît les capacités sensorielles des poissons (descriptif technique page 85), l’entreprise prévoit pourtant des densités très élevées (60 à 70 kg/m³), incompatibles avec la biologie du saumon atlantique. Ces poissons migrateurs, vivant naturellement en milieu ouvert, seraient entassés par dizaines de milliers, laissant à chacun un volume dérisoire : l’équivalent d’une demi baignoire par saumon environ.
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) montre que les élevages intensifs de saumons, notamment en systèmes RAS, exposent les animaux à un stress chronique entraînant immunosuppression, maladies et dégradation de la santé. Une augmentation du cortisol (hormone produite en réponse au stress) a été observée à des densités inférieures à celles prévues par Pure Salmon.
Enfin, si Pure Salmon affirme ne pas recourir aux antibiotiques, la gestion des maladies repose essentiellement sur l’abattage des poissons atteints, et la désinfection des bassins, sans remise en cause des facteurs structurels liés à l’intensification.
→ Lire le rapport de l’EFSA, 2008
→ Lire le rapport de l’EFSA, 2009
Un projet polluant et consommateur d’eau
Le projet Pure Salmon reconnaît s’insérer dans un environnement saturé de protections réglementaires, jouxtant de nombreux sites Natura 2000, des ZNIEFF ainsi que les Parcs naturels marin et régional. Malgré le traitement de l’azote et du phosphore, le rejet quotidien de milliers de mètres cubes d’effluents constitue une pollution résiduelle capable de rompre les équilibres biologiques.
Aussi, la MRAe avait déjà relevé des insuffisances sur la gestion des rejets d’azote et de phosphore. Le seul respect des normes ne suffit pas à exclure des effets écologiques liés aux rejets continus et à long terme de ce projet au cœur d’espaces protégés fragiles.
La ferme-usine nécessiterait des prélèvements massifs d’eau (jusqu’à 6 500 m³/jour) dans une nappe saumâtre connectée à l’estuaire de la Gironde, écosystème particulièrement sensible. Ces pompages risqueraient de perturber les équilibres hydrologiques et d’affecter les milieux estuariens et humides.
Un impact climatique largement sous-évalué
Malgré une communication axée sur la responsabilité écologique, l’empreinte carbone du projet est élevée. Cette dernière est principalement liée à l’alimentation des saumons, aux infrastructures industrielles et à une consommation énergétique très élevée (100 GWh/an), l’équivalent de la consommation d’une ville de 45 000 personnes, avec une autoproduction photovoltaïque couvrant seulement 20 à 30 % des besoins. Le projet serait donc fortement dépendant du réseau électrique et des groupes électrogènes au gasoil (en cas de panne).
Pour Isabelle Fernandez, porte-parole de l’association L214 : « Ce projet incarne un modèle obsolète basé sur l’exploitation massive des animaux. Dans le cadre de sa campagne Le Sauvetage du siècle, L214 appelle à un moratoire sur les élevages piscicoles et à une évolution ambitieuse des politiques publiques. Les poissons seraient ainsi plus de 3,5 milliards à être épargnés. »
