L214 et France Nature Environnement Hauts-de-France (FNE), déposent un recours auprès du tribunal administratif de Lille. Les associations contestent la décision de la préfecture du Nord, qui autorise l’entreprise Lionor à tripler la capacité de son élevage intensif de poulets à Winnezeele.
Ce méga poulailler exploitera près de 740 000 poulets par an, en dépit des réserves émises par l’autorité environnementale (MRAe) et des très nombreux avis défavorables recueillis lors de l’enquête publique, avec plus de 800 observations transmises.
Un projet validé alors que les réponses à la MRAe restent insuffisantes
Les réponses apportées par l’exploitant à la MRAe témoignent d’ une absence de prise en compte des remarques formulées par l’autorité environnementale. Elles ne permettent ni de mesurer les impacts du projet, ni de démontrer la maîtrise des risques associés à un élevage intensif de cette ampleur.
Un résumé non technique non actualisé
Alors que la MRAe avait explicitement demandé une mise à jour du résumé non technique, document clé pour l’information du public, l’exploitant a refusé, affirmant qu’aucune modification n’était nécessaire. Ce refus fragilise la transparence du dossier et laisse subsister de nombreuses zones d’ombre.
Gaz à effet de serre : aucune quantification ni garantie
La MRAe exigeait une estimation chiffrée des émissions, y compris celles liées à la construction. L’exploitant n’en fournit aucune et se contente de vagues promesses (usage de matériaux à faible bilan carbone, installation future de panneaux solaires). Les émissions du chantier, pourtant souvent parmi les plus importantes, ne sont pas évaluées.
Gestion de l’eau : des affirmations sans preuves
Concernant la mare utilisée à la fois comme réserve incendie, zone tampon pour les eaux pluviales et dispositif de gestion hydrologique, l’exploitant s’en remet exclusivement à une attestation du Service départemental d’incendie et de secours. Aucun calcul technique n’est présenté. Aucune garantie n’est apportée sur la disponibilité de l’eau en période sèche, ni sur l’absence de risques liés à l’épandage des eaux de lavage contenant du formol, un produit cancérogène avéré.
→ Consulter les réponses apportées à la MRAe
Un projet qui frôle la densité légale maximum
La SCEA Gesquiere, porteuse du projet, prévoit d’exploiter jusqu’à 740 000 poulets par an.
Même si certains poulets partent à l’abattoir avant les autres (méthode de desserrage), la densité restera très élevée : avec une mortalité de 3,5 %, elle atteindrait encore 40,20 kg/m², soit presque le maximum autorisé par la directive européenne 2007/43/CE et l’article R.214-3 du Code rural (42 kg/m²).
Pourtant, l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments, agence de l’Union européenne) préconise de ne pas dépasser 25 kg/m², afin d’éviter les plus graves problèmes de bien-être (rapport The Welfare of Chickens Kept for Meat Production (Broilers), 2e paragraphe p. 66).
Entassés sans accès à l’extérieur, et issus de lignées à croissance rapide, les poulets seront particulièrement vulnérables aux maladies et aux troubles locomoteurs.
Ce projet repose sur un modèle d’élevage intensif très éloigné des demandes du European Chicken Commitment (ECC), qui exigent des densités bien plus faibles, l’accès à un environnement enrichi et le recours à des souches de poulets à croissance plus lente. Autant de critères minimaux que Lionor se doit d’intégrer pour réduire les souffrances des poulets.
Un projet désastreux pour les animaux et l’environnement, et incompatible avec les objectifs climatiques
L’extension de l’élevage augmenterait les émissions de protoxyde d’azote et de méthane, deux gaz au pouvoir de réchauffement très élevé. Ce projet est en contradiction avec les objectifs climatiques 2030 de la France et de l’Union européenne.
Situé en zone vulnérable aux nitrates, à proximité de masses d’eau déjà classées en état « mauvais/moyen », le projet renforcerait les risques de pollution des sols et de l’eau.
Pour Isabelle Fernandez, porte-parole de l’association L214 : « Ce projet d’extension est une aberration face à l’urgence climatique, aux risques sanitaires et aux conséquences de l’élevage sur les animaux. Plutôt qu’agrandir des élevages intensifs, rejetés par 85 % des Français, il est nécessaire d’en sortir et de réduire la consommation de viande. L214 vise à diviser par deux le nombre d’animaux tués d’ici 2030.»