Abattoirs clusters de Covid-19 : L214 demande leur fermeture immédiate

Le 20/05/2020

Gérer l’urgence et préparer l’avenir : notre modèle agricole et alimentaire en question

Plusieurs clusters de Covid-19 ont fait leur apparition dans des abattoirs français avec plus de 100 employés infectés à ce jour. Les foyers de contamination se multiplient partout dans le monde. Aux États-Unis, près de la moitié des clusters proviennent des abattoirs et des dizaines de décès y sont comptabilisés. Alors que les cas se multiplient en Allemagne, en Espagne, en Irlande, au Brésil, au Canada, en Australie, le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume tarde à agir en France.
Le gouvernement doit prendre des mesures d'urgence :

  • ordonner une suspension immédiate et pendant le temps nécessaire des abattoirs où des cas de Covid-19 ont été détectés ;
  • apporter la transparence totale sur l'état de diffusion de la pandémie dans les territoires impactés par ces clusters.

Comment se fait-il que tant d'abattoirs soient des clusters à coronavirus ? En un siècle, les abattoirs n'ont pas beaucoup changé : travail à la chaîne, cadences infernales, excréments, sang, froid et humidité se côtoient. Lieux de souffrances, de terreur et de mort pour les animaux, les abattoirs sont aussi des lieux de travail terribles pour les ouvriers, aussi bien physiquement que psychiquement. La configuration des postes de travail sur les chaînes d'abattage et de découpe ne permettent visiblement pas le respect des gestes barrières recommandés pour lutter contre la propagation du coronavirus, telle que la distanciation d'1 mètre entre les travailleurs.

De toute évidence, la nature du travail dans les abattoirs et la précarité des ouvriers sont désormais un facteur de risque dans la propagation du Covid-19.

Pour Brigitte Gothière, cofondatrice de L214 : « Alors que toute l'activité économique était au ralenti pendant le confinement, les abattoirs ont continué de tourner au rythme terrifiant de plus de 3 millions d'animaux tués chaque jour... Pourquoi n'ont-ils pas fermé ou au moins ralenti leur activité ? Pourquoi les abattoirs ne ferment-ils toujours pas aujourd'hui alors même que plus de 100 employés ont été testés positifs au coronavirus ? Nous attendons des mesures immédiates de la part du gouvernement.
Ni les enquêtes sur les conditions d'élevage et d'abattage des animaux, ni l'urgence environnementale et climatique n'ont suffi à déclencher de plan de sortie de la production animale de masse. Est-ce que la crise sanitaire sans précédent que nous traversons – et aujourd'hui ces clusters dans les abattoirs – seront suffisants pour amorcer la nécessaire transition agricole et alimentaire ?
 »

Contacts presse :
Brigitte Gothière : 06 20 03 32 66
Barbara Boyer : 06 50 35 57 48

Abattoirs : des structures qui amplifient les risques sanitaires

Enquête à l'abattoir de Mauléon-Licharre

La nature du travail dans les abattoirs implique inévitablement une promiscuité importante et rend impossible la distanciation physique et difficile le port du masque en continu (Libération, 18/05/2020).

Pour Olivier Falorni, député de Charente-Maritime et ancien président de la commission d'enquête sur les conditions d'abattage des animaux de boucherie, ces clusters « ne sont pas des coïncidences, c’est un problème structurel, lié au fonctionnement des abattoirs » (La Croix, 18/05/2020).

Les abattoirs concentrent d’autres risques sanitaires : les employés et les animaux sont en effet régulièrement exposés à de nombreux virus et bactéries. L’un des sites d’abattage les plus touchés par le coronavirus en France (Tradival à Fleury-Les-Aubrais dans le Loiret) recense d’ailleurs des cas de Listeria (La République du Centre, 16/05/2020). Paradoxalement, les mesures prises pour remédier à ces risques sanitaires (froid et circuit de ventilation) pourraient favoriser la propagation du virus (Konbini, 05/2020).

Les conditions de travail des ouvriers d’abattoirs – assez méconnues – sont des facteurs de risque de propagation du coronavirus. Les travailleurs exercent un métier physiquement et émotionnellement difficile, faiblement rémunéré et subissent une pression forte pour maintenir un rythme de travail effréné (franceinfo, 18/06/2017). Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) rappelait en novembre dernier dans un rapport que l’industrialisation des abattoirs a « conduit à accélérer fortement les cadences au détriment des conditions de travail des salariés et de la manière dont les animaux sont traités. ». De plus, leur situation est précaire, le turn-over important. Les syndicats dénoncent des « distanciations sociales pas respectées, au profit de la productivité » (Ouest-France, 18/05/2020).

Suspendre immédiatement les abattoirs impactés et évaluer les risques liés aux activités d'abattage

enquête veaux abattoir Sobeval

Face à la pandémie, le gouvernement est resté frileux en ne proposant qu'un simple « guide de bonnes pratiques » contre la propagation du virus au sein des abattoirs. Pour l'heure, seul l'abattoir de Fleury-les-Aubrais a fermé provisoirement et sa réouverture est déjà fixée au lundi 25 mai (La République du Centre, 20/05/2020).

Alors que le gouvernement allemand présente ce mercredi 20 mai un plan visant à « faire le ménage dans le secteur » (L'Express, 18/05/2020) et que la crise sanitaire est au cœur des préoccupations des citoyens, le ministre de l’agriculture Didier Guillaume annonce vaguement « prendre des mesures dans les abattoirs pour aller plus loin en termes de prévention, en termes de sécurité sanitaire, en termes d'organisation de travail, peut-être » (franceinfo, 20/05/2020).

Faut-il coûte que coûte forcer les abattoirs à rester ouverts ? Le président américain Donald Trump a signé un décret en ce sens (The New York Times, 29/04/2020), tout en contestant la diffusion de la pandémie ou la nécessité d’un confinement. Parallèlement la consommation de produits végétaux augmentait dans le pays (Financial Times, 26/04/2020), une preuve s'il en fallait que l'abattage des animaux est une activité non essentielle.

Pour Quentin Durand-Moreau, professeur adjoint de médecine du travail à l’université de l’Alberta (Canada) : « On ne peut, dans ces usines aux contraintes très spécifiques, se borner à proposer des masques et du gel hydroalcoolique, il faut une évaluation globale des risques suivie de plans de prévention contenant des mesures collectives » (Le Figaro, 20/05/2020). Par mesure de précaution, en attendant de telles initiatives, la suspension immédiate des activités d’abattage dans les établissements où des cas de Covid-19 ont été détectés, ainsi que la transparence totale sur l’état de diffusion de la pandémie dans les territoires impactés par ces clusters, sont nécessaires face à la menace de la pandémie.

Repenser notre modèle agricole et alimentaire pour prévenir de futures crises sanitaires

La mise en œuvre de mesures urgentes face à la pandémie dans les abattoirs doit s’accompagner d’une réflexion plus globale autour de la désintensification de l’élevage. En effet, alors que plus de 3 millions d'animaux sont tués chaque jour en France dans les abattoirs et que 80 % d'entre eux proviennent d'élevages intensifs, il devient urgent de diminuer significativement la cadence, que ce soit pour les animaux, l'environnement, les ouvriers d'abattoirs ou les risques sanitaires liés à l'élevage.

Rappelons également que 88 % des Français sont opposés à l'élevage intensif, ne laissant aucun accès à l'extérieur aux animaux. L’Appel contre l’élevage intensif, soutenu par des ONG et des personnalités, a été signé par plus de 170 000 personnes. Au vu de ces enjeux, il est plus que jamais nécessaire d'engager un moratoire immédiat sur les nouvelles constructions d’élevage intensif ainsi qu'une végétalisation d’ampleur de l’alimentation.

Alors que les enjeux éthiques et climatiques n’ont jusqu'à présent pas suffi à engager une transition, l’enjeu sanitaire permettra-t-il de sortir de l'omerta et accepter l'évidence : changer de modèle agricole et alimentaire pour respecter les humains et les animaux ?

Contacts presse :
Brigitte Gothière : 06 20 03 32 66
Barbara Boyer : 06 50 35 57 48

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