Traçabilité : le jeu de piste qui risque gros pour la santé humaine

Afin d'être autorisés à exporter vers l'Union européenne, les pays produisant de la viande chevaline doivent mettre en œuvre un plan de contrôle et de suivi des substances médicamenteuses inoculées aux chevaux au cours de leur vie. De nombreux chevaux reçoivent dans leur vie des traitements pouvant présenter un risque pour la santé humaine et dont les résidus sont interdits dans la chaîne de consommation. Le système de traçabilité demandé par l'UE consiste en un suivi, par les autorités nationales et les abattoirs, des prescriptions vétérinaires pour chaque animal au cours des 6 mois précédent son abattage. Dans la pratique, une simple déclaration du dernier propriétaire (souvent le négociant avec l'abattoir) fait foi, alors que le cheval n'a transité entre ses mains que pendant quelques jours.
L'administration de certaines substances dangereuses pour l'humain, comme la phénylbutazone, est interdite à tout moment de la vie d'un animal qui finit ses jours à l'abattoir. Aussi, un regard rétrospectif sur 6 mois ne s'avère d'aucune utilité à cet égard.

Viandes de la Petite-Nation : des fiches incomplètes ou erronées

La Fiche d'Information Equine (FIE) est une documentation individuelle exigée par l'Agence Canadienne d'Inspection des Aliments (ACIA) pour retracer l'histoire médicamenteuse de tout cheval abattu. Les documents photographiés par les enquêteurs (1) montrent un manque inquiétant d'exactitude et d'exhaustivité. Informations incomplètes concernant les propriétaires ou les agents provisoires, erreurs de description des chevaux (détectées par comparaison avec les photos des animaux) : l'authenticité des données inscrites dans les registres est fortement mise en doute.

Phénylbutazone : oeillères des autorités sur un enjeu de santé publique

La phénylbutazone est un anti-inflammatoire peu onéreux et très courant en médecine équine. Cette substance est en revanche dangereuse pour l'humain. Chez l'enfant, la consommation de produits d'origine animale renfermant une quantité infime de phénylbutazone, ou de son métabolite, peut causer une anémie aplasique (2). Ce risque justifie son interdiction permanente chez les animaux destinés à la boucherie.

En réalité, la phénylbutazone est très vraisemblablement inoculée à de nombreux chevaux qui terminent leurs jours dans les abattoirs agréés du Canada. Une étude (3) publiée en 2010 dans la revue scientifique Food and Chemical Toxicology portant sur le suivi de 18 chevaux de course américains envoyés à l'abattoir, a constaté que tous avaient reçu de la phénylbutazone au cours de leur vie. Les auteurs de l'étude estiment que les méthodes actuellement employées en abattoir ne permettent pas d'assurer l'absence de phénybutazone dans la viande, et s'inquiètent du fait que dans le seul périmètre de cette étude, 4 tonnes de viande non conforme aient probablement été commercialisées.

Office Alimentaire et vétérinaire européen : « inadéquat », mais le commerce continue...

Extrait du rapport de visite (4) effectué du 23 novembre au 6 décembre 2010 :
« Depuis août 2010, les chevaux destinés à l’abattage doivent être accompagnés d’une déclaration signée par le dernier propriétaire, qui identifie le cheval, indique les traitements médicaux administrés au cours des six derniers mois et confirme qu’il n’a pas été utilisé d’activateurs de croissance. La majorité des chevaux abattus en vue de leur exportation vers l’UE sont importés directement des États-Unis et cette exigence est aussi d’application en ce qui les concerne. Les chevaux importés étaient accompagnés de la déclaration signée par le dernier propriétaire. Néanmoins, aucune garantie officielle n’était demandée aux autorités des États-Unis quant à la vérification et la fiabilité des déclarations. »
« Le système de contrôle en place au Canada pour la vérification de l'usage de substances chez les chevaux, comme spécifié dans la Directive 96/23/EC est inadéquat ».

Malgré ce constat, l'OAV s'est contenté d'émettre des recommandations aux autorités canadiennes, sans mettre de frein aux exportations.

Retour au dossier


1. Rapport Pasture to Plate, CHDC, pp 29-65
2. Phenylbutazone and its availability in ireland – prudent
prescribing and dispensing

3. Association of phenylbutazone usage with horses bought for slaughter: a public health risk
4. Rapport de visite de l'OAV

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