800 cochons gazés à l’heure : images exclusives d’un des plus gros abattoirs de France

L214 publie une nouvelle enquête sur l’étourdissement des cochons au dioxyde de carbone dans l’un des plus gros abattoirs de France : l’abattoir Cooperl de Montfort-sur-Meu, en Ille-et-Vilaine (Bretagne).


Les images montrent la cruauté de cette méthode d'étourdissement dont les instances scientifiques ont établi qu’elle est source de peur, de détresse et de souffrance. Plus de trente vétérinaires signent un appel publié ce jour pour demander l’interdiction du gazage au CO₂ des cochons. L214 se joint à cette demande et entame un recours contre l’État pour faire interdire cette pratique.


L’enseigne de supermarchés Carrefour fait fabriquer par son partenaire Cooperl ses produits à base de viande de porc sous ses marques distributeurs, notamment sa marque Filière Qualité Carrefour. L’association demande à Carrefour de refuser le gazage des cochons et de signer le Plant Protein Pact.


L’écrivaine Marie Darrieussecq, qui présente les images de l’enquête, dénonce cette souffrance inutile et invite Carrefour à y mettre fin. Le musicien Moby apporte son soutien et appelle à signer la pétition pour interdire le gazage au CO₂ des cochons.


Une méthode cruelle et archaïque au service de l’abattage à l’échelle industrielle : 822 cochons à l’heure

L’étourdissement au CO₂ consiste à rendre inconscients des cochons en les plongeant au fond d’une fosse où s’accumule du dioxyde de carbone. Les animaux sont d’abord chargés, par groupes de quatre à neuf cochons, dans une nacelle métallique perforée qui descend au fond de la fosse en deux paliers. Ils sont exposés à des taux très élevés de CO₂ : 90 % au premier palier et 93 % au deuxième palier. Le processus dure 3 minutes.


Ce gaz attaque directement les muqueuses du groin, des yeux et des voies respiratoires, jusqu’aux poumons. Les cochons ont la sensation de se noyer. Ils hurlent, se grimpent les uns sur les autres dans la panique et tentent désespérément d'échapper au gaz. Ces agonies se répètent sur les 150 h d’images reçues par l’association. Selon le Comité pour le bien-être animal britannique, les animaux mettent entre 21 et 60 longues secondes à perdre conscience.


Chaque année, 1,3 million de cochons sont tués à l’abattoir Cooperl de Montfort-sur-Meu, qui a investi en 2024 environ 5 millions d'euros¹ dans ce système condamné par les instances scientifiques. Cet équipement permet d’abattre ce nombre gigantesque d’animaux, de conquérir de nouveaux marchés, d’augmenter les cadences et la productivité.



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Pour Marie Darrieussecq, qui présente cette enquête : « Chaque heure, plus de 800 cochons sont gazés dans cet abattoir. Le gaz brûle leurs yeux et leurs poumons, ils n'ont aucune issue. En choisissant cette méthode cruelle, les industriels ne cherchent que les cadences élevées et la rentabilité. Pourtant, les vétérinaires recommandent son interdiction pure et simple. Une civilisation qui inflige ça aux animaux, avec une telle industrialisation de la mort, ne peut être qualifiée que d’inhumaine. Mais il est encore temps de changer de voie. »


Pour le musicien Moby, qui soutient l’interdiction de cette méthode : « I've seen this footage and I can't stay silent. We'd like to imagine these animals in the soil, playing, living their lives, sleeping in the sun, but no.. Industrialized death is simply barbaric and should not be a part of any civilized society. Sign the petition to ban this cruelty and to urge Carrefour to commit to ending this hell as soon as possible. » (« J’ai vu les images, et je ne peux pas rester silencieux. On aimerait imaginer ces animaux fouiller la terre, jouer, vivre paisiblement, dormir au soleil, mais non. La mort industrialisée est tout simplement barbare et ne devrait avoir sa place dans aucune société civilisée. Signez cette pétition pour stopper cette cruauté et pour que Carrefour s’engage à stopper cet enfer au plus vite. »)


Pour Sébastien Arsac, directeur des enquêtes de L214 : « On est loin d’une perte de conscience instantanée et sans douleur : c'est une agonie de plusieurs dizaines de secondes pour les cochons, avant d’être suspendus, saignés puis découpés notamment pour Carrefour. L’abattoir du mastodonte de l’industrie porcine est une véritable usine à viande où sont tués chaque semaine 25 000 cochons ! Le gazage des cochons au CO₂ doit être interdit, et Carrefour, qui se revendique “pionnier sur le bien-être animal”, doit dès aujourd’hui écarter cette méthode d’étourdissement de ses approvisionnements. »


Plus de trente vétérinaires signent un appel pour interdire le gazage

Plus de trente vétérinaires signent l’appel publié ce jeudi 29 octobre demandant la fin de cette méthode barbare : « Nous demandons à l'État français d'interdire l'étourdissement des cochons au dioxyde de carbone dans les abattoirs, d'en fixer dès maintenant l'échéance, et d'accompagner la filière vers les méthodes qui ne provoquent pas de douleur avant la perte de conscience. Reconnaître la souffrance d'un animal et agir en conséquence : c'est la définition même de notre métier. »


Parmi les signataires, la docteure vétérinaire et présentatrice de télévision Hélène Gateau, le docteur vétérinaire et docteur en philosophie Philippe Devienne, auteur du livre Les animaux souffrent-ils ?, la docteure vétérinaire et professeure émérite au Muséum national d’histoire naturelle Marie-Claude Bomsel, et Gaëlle Le Calonnec la créatrice de la chaîne multi-plateformes Instant Véto.


→ Lire l’appel et voir les signataires


En complément, Temple Grandin, professeure de sciences animales à l'université d'État du Colorado, spécialiste des conditions d’élevage et d’abattage de renommée internationale, apporte son analyse sur l'amenée des animaux à l’abattoir Cooperl de Montfort-sur-Meu : « I watched the CO₂ video. The handling of the pigs to move them into the CO₂ chamber is really rough and not acceptable. There are too many pigs jammed into the system. Handling prior to entering the chamber is likely to make the pig’s reaction worse. » (« La manipulation des cochons pour les faire entrer dans la chambre à CO₂ est vraiment brutale et inacceptable. Il y a trop de cochons entassés dans le dispositif. Cette manipulation avant l’entrée dans la nacelle risque justement d’aggraver les réactions des cochons. »)


Vingt ans de recommandations scientifiques convergentes

Les experts de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et du Comité pour le bien-être animal (AWC), organe d'expertise indépendant du gouvernement britannique, remettent fortement en cause l'utilisation du dioxyde de carbone en raison des souffrances qu'il cause aux animaux.


En octobre 2025, l’AWC a rendu un rapport sans ambiguïté : « Afin d’éviter aux cochons de subir, au moment de l’abattage, des douleurs, une détresse ou des souffrances évitables liées à l’utilisation de CO₂ à forte concentration, cette méthode d’étourdissement devrait être interdite pour les cochons. »


Dès 2004, l'EFSA a publié un avis : « [...] à des concentrations supérieures à 30 % de CO₂, il est établi que ce gaz est aversif : il provoque une hyperventilation et une irritation des muqueuses pouvant être douloureuse, ainsi qu’une hyperventilation et des halètements avant la perte de conscience. »


Celui de 2020 est encore plus explicite : « L’exposition à de fortes concentrations de CO₂, supérieures à 80 % en volume [soit les concentrations utilisées commercialement], est considérée comme une préoccupation majeure en matière de bien-être animal, car elle est fortement aversive et provoque douleur, peur et détresse respiratoire. »


Carrefour et Cooperl, des partenaires de longue date

L’enseigne Carrefour et la coopérative Cooperl sont partenaires. La chaîne de supermarchés se fournit auprès de Cooperl pour produire en marque propre ses produits à base de viande de porc, notamment pour sa Filière Qualité Carrefour.

Bernard Rouxel, président de Cooperl, en une de cette affiche suspendue au rayon boucherie de l’hypermarché Carrefour Saint-Pierre-des-Corps


L214 demande à Carrefour d’exclure de ses approvisionnements les produits issus de cochons gazés, et plus largement de participer à un changement collectif en s'engageant dans le Plant Protein Pact.
Ce référentiel invite les enseignes de la grande distribution à réduire de moitié le nombre d'animaux tués pour leurs approvisionnements et à se détourner de l'élevage intensif d'ici 2030. Parmi les mesures : l'arrêt de la publicité et des promotions sur les produits issus de l'élevage intensif et la proposition d'alternatives végétales plus accessibles.


Vers la fin du gazage au Royaume-Uni ?

En 2024, l’abattoir Cooperl de Montfort-sur-Meu a investi dans l’étourdissement par gazage au CO₂ notamment pour récupérer des parts de marché en Angleterre. Aujourd’hui, Cooperl commercialise dans les supermarchés Sainsbury’s en Angleterre de la viande provenant de cochons gazés.


Mais depuis un an, le débat outre-Manche est ouvert et a franchi un cap. Le gouvernement britannique a inscrit dans sa stratégie pour le bien-être animal l'abandon progressif du CO₂ pour l'étourdissement des cochons et a présenté cette semaine de nouvelles propositions pour en sortir. Ce lundi 26 octobre, il a ouvert une consultation publique qui se clôture le 21 décembre 2026.


Depuis des mois, des associations, des citoyennes et des citoyens, des personnalités publiques et des professionnels de santé animale se mobilisent. Une campagne de sensibilisation d'envergure, menée notamment par le Projet Slingshot, a publié des images tournées dans des abattoirs, brisant le mur du silence qui entoure cette pratique.