Le préfet refuse l’extension d’un élevage de cochons des gérants Kerdoncuff : victoire de la mobilisation citoyenne



La préfecture du Finistère a refusé le projet d’extension d’un élevage intensif de cochons porté par la SCEA de Kerdadic à Irvillac. Les gérants sont également à la tête de deux autres élevages dans le Finistère où près de 9 000 infractions ont été relevées suite à une plainte de L214 en 2019.


Le préfet a refusé le projet en raison d’un dossier incomplet et incohérent, qui sous-évalue les risques pour l’eau, les zones humides et les riverains, notamment les odeurs. Les modifications proposées par l’exploitant ne suffisent pas à corriger ces insuffisances.


L214 se réjouit de cette décision. C’est une victoire pour les associations et les riverains qui s’étaient fortement mobilisés contre ce projet.


Avis défavorable du commissaire enquêteur

À l'issue de l'enquête publique, le commissaire enquêteur avait rendu un avis défavorable à ce projet d’extension visant à doubler la capacité de l’exploitation en passant de 2 352 à 4 872 cochons.

Il estimait que le dossier est incomplet et ne permet pas d'informer correctement le public ni d'évaluer les impacts du projet sur l'environnement. Il pointait notamment les incertitudes sur la ressource en eau et la protection du captage de Porsguennou, l'absence de laveur d'air sur le nouveau bâtiment et un plan d'épandage comportant plusieurs incohérences, avec des surfaces surestimées et des zones humides mal prises en compte.

Ces mêmes problèmes avaient déjà été largement soulevés par le public, dont 82 % des contributions étaient défavorables.

Main-d'œuvre insuffisante, enfermement permanent et conditions de vie inadaptées

La gestion quotidienne de l’élevage aurait reposée exclusivement sur les deux associés gérants, sans aucun salarié supplémentaire. Ce manque de moyens humains n’aurait permis ni une surveillance individualisée des animaux, ni le respect des exigences minimales en matière d’hygiène, de soins aux animaux et de prévention des risques sanitaires.


À la suite de la plainte déposée par L214 en 2019, les exploitants avaient précisément été condamnés pour absence de soins aux animaux blessés. Des manquements graves aux règles d’hygiène avaient également été mis en évidence.


Aucune mention n’était faite dans le projet de la mise en place de paille, copeaux de bois, jouets, cordes, objets à mâcher ou chaînes avec éléments suspendus, pour tenter de tromper l’ennui des animaux sur le long terme. L’enrichissement du milieu de vie des animaux est pourtant une obligation réglementaire* et les gérants Kerdoncuff avaient déjà été épinglés sur ce manquement, relevé par les services de l'État à la suite de la plainte de L214 en 2019.

Pour ne rien arranger, les animaux de l'exploitation auraient été élevés dans des bâtiments fermés, sans accès au plein air. Les cochons auraient vécu exclusivement sur caillebotis, des sols nus en béton ou en plastique ajourés.


Pour Isabelle Fernandez, chargée de campagne de l'association L214 : « Le refus de ce projet est une victoire pour les riverains et les associations qui se sont mobilisés contre cette extension. Le préfet a reconnu les nombreuses insuffisances du dossier : protection insuffisante de l’eau, des zones humides et des riverains. Cette décision montre que la mobilisation citoyenne peut faire obstacle aux élevages intensifs. »